Art en Gréve partout #occupations



Ça bouge dans les écoles d’art… et pas que les écoles… l’enterrement sans pompe du rapport Racine a déclenché un ras le bol généralisé … la ministre décorant Michel Sardou (sans doute pour sa chanson « Le temps des colonies » : au temps béni des colonies j’avais 4 femmes dans mon lit) n’arrange pas les choses… la grogne s’étend partout en france … les artistes participent à des occupations… de théâtre et aussi du frac paca…. C’est nouveau… a quand Beaubourg, le Musée d’Art Moderne ou le Palais de Tokyo ?

La parole se libère. Dans un milieu où jusque là c’est plutôt chacun.e pour soi. Le besoin de se regrouper pour se défendre se fait sentir. Peut-être parce qu’on n’a plus rien à perdre. Le système du bâton et de la carotte n’est déjà pas le meilleur… mais quand il n’y a même plus de carotte ? Comme partout dans la société la misère gagne du terrain. La pandémie ne fait que rendre plus criante une situation très sombre. Seul.e.s les plus malin.e.s et les meilleur.e.s courtisan.e.s s’en sortent, mais pour combien de temps ? Le « marché de l’art » a ceci de particulier qu’il fonctionne sur la rareté. Très peu d’artistes sont élu.e.s. et accédent de leur vivant aux ventes de christie’s ou de sotheby’s. La spéculation financière a ses règles.

On voit apparaître de tous côtés constats et revendications, voici quelques exemples (les textes complets sont plus bas)

Art En Grève CAEN
La logique concurrentielle de la start-up nation fait du statut d’auto-entrepreneur le nouveau nom de notre exploitation ; poussées à travailler pour des rémunérations en dessous des qualifications et du temps de travail fourni. voire contre « un peu de visibilité ». Bien souvent, nous ne pensons même pas à nous battre pour plus de protection sociale, tant nous nous épuisons à défendre chaque jour les droits qui nous sont en théorie déjà acquis.

Les Occupant.es du FRAC PACA
Nous étudiant’e’s en art, futur’e’s artistes, travailleurs.euses de l’art et acteur.trices de la culture refusons les logiques d’individualisation de nos pratiques et de compétition entre nos écoles, et appelons à nous regrouper, à nous fédérer et à nous mobiliser pour ouvrir le débat et faire entendre nos revendications.

Art En Grève NANTES – SAINT NAZAIRE
Avec des revenus médians sous le seuil de pauvreté, un accès à la protection sociale complexe, des statuts entrepreneuriaux au cadre juridique, fiscal et social flou, le champ de l’art est à l’avant-garde de l’ultra-libéralisation du travail et de la précarité qu’elle induit.

Art En Grève OCCITANIE
Nous, artistes, nous ne voulons plus être défini·e·s par nos manques : manque de moyens, manque de place, manque de reconnaissance, manque de visibilité, manque de temps, manque de confiance… Nous valons plus que nos manques. Nous sommes les producteurs et productrices de la valeur, tout comme les autres travailleu·r·se·s. C’est à ce titre et seulement à ce titre que nous voulons exister socialement et prétendre à une protection tout au long de nos vies. 

La question de la professionnalisation est au cœur du débat. Quelle professionnalisation ? Qu’est-ce que l’art comme profession ? Industrie culturelle? Divertissement? Recherche de pointe dans le domaine de la communication ou du design? Quel statut pour les artistes Auteur Autrice ? Auto-entrepreneu.se.r ? Salarié.e ? Intermittent.e ? La solution passe-t-elle par le revenu universel ? Le salaire à vie ? Le texte d’Aurélien Catin, Notre condition. Essai sur le salaire au travail artistique (2020, Riot Éditions), consultable librement sur le site des éditions (ici), circule parmi les AEG et les occupations. Il tente un bref historique du statut d’artiste et d’auteur autrice, de l’invisibilisation du travail, du refus de responsabilité des diffuseu.se.r.s, des défauts de protection sociale, et du transfert des financements de l’état vers le privé. Son auteur soutient que c’est tout le circuit économique de l’art qu’il faut revoir. Puisque, comme l’information (et comme l’écrit Pierre Rimbert), la culture se meurt d’être « pensée comme un bien public mais produite comme une marchandise ». Il appelle finalement à l’extension du régime du spectacle aux artistes auteurs autrices.

Toutes ces questions sont paradoxalement nouvelles pour nous AA qui, d’autre part, n’avons pas l’entraînement des Intermittent.e.s à l’organisation collective, au débat et à la prise de parole. Le milieu est en pleine effervescence et il va lui falloir un peu de temps pour accorder ses violons sans oublier qu’il y a urgence pour les plus précaires d’entre nous et qu’on a besoin de solutions de premiers secours. Sur le fond, la difficulté de notre situation d’artistes-auteurs-autrices c’est que comme l’écrivaient Boltanski et Chiapello en 1999, dans Le nouvel esprit du capitalisme, nous sommes depuis des années à l’avant garde du néo-libéralisme de la précarité et de l’uberisation. Notre précarité d’hier est, vingt ans plus tard, déjà celle d’une majorité des travailleu.r.se.s aujourd’hui. Une position compliquée pour inventer un nouveau statut qui ne soit pas basé sur la démerde individuelle et la compétition. De plus il y a de vieilles croyances, de vieux mythes encore très prégnants aujourd’hui. Celui de l’artiste courtisan.e, le fou du Roi, qui vit de ses largesses. Celui, moderne, de l’autonomie (de l’industrie, des syndicats, de l’État), comme preuve de liberté.

Quelle ‘autonomie’ s’il faut enchaîner les shit jobs pour payer son loyer ? l’artiste est plus que jamais dépendant.e des prince.sse.s. Des groupes industriels qui ont pris la relève de l’État. On est devant plusieurs possibles. Le pire est déjà là à l’œuvre depuis un an avec les nouvelles techniques de gestion des populations et la ‘stratégie de choc’ systématisée. Serons nous aussi capable d’entrouvrir la porte du meilleur ? Capable de renoncer à tout une culture insidieuse et perverse ? Renoncer, sans se vendre, à la soi-disant autonomie ? Renoncer à ce sens détourné de la liberté (et de l’art) qui s’oppose au commun, renoncer au mythe romantique de l’artiste ? C’est déjà une révolution de penser collectivement, de chercher des solutions collectives. Pourtant il existe dans l’art toute une histoire des groupes et des collectifs. C’est cette histoire qui rejaillit, en même temps qu’il faut ré-écrire l’histoire de l’art au féminin. HERSTORY !

L’OCCUPATION DU

FRAC


Face aux mesures sanitaires infantilisantes Imposées par le gouvernement et face a son
manque de considération à l’égard des lieux culturels publics.
Face à la précarité matérielle et psychologique des étudiant’e’s,
Face au manque de soutien du ministère de la culture envers tous.tes les
travailleurs.euses de l’art,
Face aux décisions liberticides, anti sociales et aux mesures qui mettent en perd
l’ensemble du système éducatif,
Face à une culture considérée comme non essentielle et laissée à l’agonie,
Nous, étudiant.e.s a l’École d’art d’Aix, refusons cette politique de l’endormissement et
appelons les artistes, étudiant’e’s-artistes et leurs allié.s à une occupation collective du
FRAC PACA dès Jeudi 25 mars à 14h, et ce jusqu’à nouvel ordre.
Nous occuperons l’espace public du dehors et l’espace public du dedans dans la volonté
de nous réapproprier les peux de représentation et de production publique.
Nous ne nous arrêterons pas de Faire sous prétexte que les espaces de production et
d’exposition ont été mis à l’arrêt forcé en dépit des possibles stratégies d’ouverture dans
le respect des règles sanitaires.
Nous étudiant’e’s en art, futur’e’s artistes, travailleurs.euses de l’art et acteur.trices de
la culture refusons les logiques d’individualisation de nos pratiques et de compétition
entre nos écoles, et appelons à nous regrouper, à nous fédérer et à nous mobiliser pour
ouvrir le débat et taire entendre nos revendications.
Nous nous solidarisons de ce fait au mouvement national d’occupation des théâtres et
aux mobilisations contre la précarisation croissante d’une part grandissante de la
société.
Nous sommes convaincues qu’il est possible de créer de nouvelles solidarités et de
soutenir la création contemporaine en mobilisant nos forces et nos pratiques.


RDV devant le FRAC:

– Ce Jeudi 25 Mars à partir de 14h pour se rencontrer

– Ce Vendredi 26 Mars toute la journée à partir de 10h pour une assemblée générale


Les Occupant.e.s du FRAC PACA

NOUS NE VOULONS PLUS ÊTRE DÉFINI·E·S PAR NOS MANQUES

Nous, artistes, nous ne voulons plus être défini·e·s par nos manques : manque de moyens, manque de place, manque de reconnaissance, manque de visibilité, manque de temps, manque de confiance… Nous valons plus que nos manques. Nous sommes les producteurs et productrices de la valeur, tout comme les autres travailleu·r·se·s. C’est à ce titre et seulement à ce titre que nous voulons exister socialement et prétendre à une protection tout au long de nos vies. 

Or de quelles valeurs sommes-nous les producteurs et les productrices ? Tout se passe ici comme si la valeur marchande avait tout absorbé. C’est du moins l’impression qu’entretient la fiction dominante. Tout doit pouvoir être traduit dans la langue des chiffres pour fluidifier les échanges. Il y a pourtant dans l’art quelque chose qui répugne à se laisser réduire à l’état de simple marchandise, parce que l’essentiel de la valeur est ailleurs, parce que cela engage une relation, un partage et que tout ne peut pas être tarifé. L’amour, l’amitié, la solidarité, l’attention, le désir, l’imaginaire, le social résistent à cette tendance. Faut-il pour autant que ces choses, qui ne se vendent pas, cet art, qui résiste encore au règne de la marchandise, disparaissent ? Ne serait-ce pas là une perte pour toutes et tous, inaugurant la prostitution généralisée des corps et des esprits ? 

Nous vivons en tant qu’artistes une disjonction qui pourrait bien s’avérer dramatique entre salaire et travail, parce que nous sommes des travailleu·r·se·s sans salaire et souvent sans emploi. Nous avons certainement notre utilité sociale, mais dès lors qu’elle n’est prise en compte par personne,  on peut tout aussi bien dire que nous ne servons à rien. Nous ne produisons pas de marchandises, pourtant nous participons de la valeur, sans pouvoir en tirer de bénéfice direct. Cela nous place de fait au bord du monde. Cela nous expose à une précarité endémique qui ne nous définit pas, mais qui nous fait du tort, en particulier en ce qu’elle rend notre filière peu attractive, disqualifiant la transmission de nos savoirs. C’est terrible à écrire, mais beaucoup parmi nous ont accepté la précarité et la vivent comme le prix de la liberté, dans une atmosphère de renoncement qui confine à la vocation religieuse. Voilà pourquoi il est si important d’affirmer ici que nous ne sommes pauvres qu’au regard des valeurs dominantes, que nous voulons ruiner. Voilà pourquoi il est si important d’affirmer encore que nous ne voulons pas être défini·e·s par nos manques. Nous sommes riches de notre travail, de nos recherches, de l’expression de nos désirs.

Ces productions, qui ne se laissent pas réduire à un prix, devraient pouvoir circuler, s’échanger librement, sans que leurs auteur·e·s ne soient pour autant fragilisé·e·s, précarisé·e·s, comme c’est le cas actuellement. Il n’y a pas non plus lieu de conférer une importance particulière à l’art qui se vend, en comparaison de celui qui ne se vend pas. Un art réduit à l’état de marchandise serait susceptible d’en épouser les règles communes – en particulier celle de l’obsolescence programmée, qui réduit tout à l’insignifiance.

La société entière a quelque chose à gagner en nous reconnaissant en tant que producteurs et productrices de valeurs, comme elle a beaucoup à gagner en considérant que les travailleu·r·se·s puissent être, rester ou devenir des artistes comme les autres, car il s’agit de s’attacher maintenant à la qualification de chacune et chacun, en abandonnant derrière nous la mue du travail aliéné. 

Nous élevons nos enfants. Nous nous engageons dans nos quartiers, dans nos associations, pour le climat et pour l’ambiance. Nous faisons le tour du monde. Nous créons des formes. Nous contemplons le monde en exerçant nos regards et nos esprits. Nous cartographions les sentiments. Nous animons les autoroutes de la discussion avec nos idées, nos projets. Nous faisons revivre des villages. Nous  sommes la musique, la recherche, le repos, la passion, l’ivresse de faire, la joie de tenter. Nous sommes la valeur. Nous sommes chacun·e en tant que travailleu·r·se l’essentiel de la valeur. Le monde ne peut nous être plus longtemps confisqué.

Moderno,
Toulouse, le Lundi 22 Mars 2021

Il est possible de suivre les différents ART EN GRÉVE (dit AEG) et l occupation du FRAC PACA sur leur page Facebook

https://www.facebook.com/Occupationfrac-105826044935306 – voir nottament leur très recent APPEL ci dessous

https://www.facebook.com/groups/artengreveoccitanie/ et leur site artengreveoccitanie.art. On peut y trouver le CR de leur dernière AG du 2 avril 2021 où ielles ont décidé de rejoindre l’occupation du théatre de la cité à Toulouse et de signer l’APPEL du FRAC

https://www.facebook.com/lezartsausoleil – Rouen –

https://www.facebook.com/artengrevecaen – Caen

https://www.facebook.com/ARTENGREVE – Paris-Banlieue

https://www.facebook.com/groups/971448269636539 (page FB Art Debout )

1-Il existe de nombreux textes et propositions autour d’un statut pour les artistes : voir le site de La Buse : https://la-buse.org/

et cet article du quotidien de l’art

ainsi que cette tribune signée par 1700 artistes auteurs autrices -https://www.telerama.fr/sortir/1700-auteurs-et-artistes-interpellent-la-ministre-de-la-culture-6832414.php?

« Nous sommes privés de droits fondamentaux :

– Le droit d’accéder aux prestations sociales effectives pour lesquelles nous cotisons.

– Le droit à un dialogue social opérationnel et conforme à la Convention européenne des droits de l’homme.

– Le droit à des minimums de rémunération.

– Le droit à la reconnaissance de notre travail. »

2- https://blogs.mediapart.fr/charliewellecam/blog/160321/lettre-ouverte-au-monde-de-l-insertion-de-la-part-dun-artiste

Nous sommes solidaire de cette « Lettre ouverte sur la condition des jeunes créateurs qui ne sont pas issus du milieu bourgeois, lassés des « parcours d’insertion » et autres « accompagnements » vecteurs de violence structurelle ; cibles du mépris envers les acteurs du milieu associatif et culturel, réduits à leur fonction de médiation ; Finalement dégoutés que le travail ne soit toujours valorisé que par son rapport au capital. »

Notes

L’image en tête et la troisième proviennent du FB de l’occupation FRAC – Les trois autres du FB de ART en Greve – CAEN

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