Écoles d’Art # MeeToo !

Fin 2017, dans le post du sexe de l’art, on publiait une déclaration de Giovanna Zapperi à la commission d’enquête de la Délégation aux Droits de la Femme, au Sénat, en 2013, dans laquelle l’historienne de l’art affirmait:

« En effet, la situation des femmes dans les écoles d’art, qu’elles soient enseignantes ou étudiantes, demeure particulièrement alarmante tant sur le plan de la sous-représentation des femmes dans le corps enseignant que sur celui de la banalisation de comportements sexistes auxquels sont soumises les étudiantes. »

Le 17 mai 2018, sur ce même blog, on lançait une enquête sur le silence des écoles d’art quand toutes les facs sont occupées : « Le silence des écoles d’art est assourdissant – criant – hurlant !  On se pose la question : pourquoi cette indifférence ? Cette désolidarisation des mouvements sociaux ? Choix du camp capitaliste et logique du marché ? Soumission totale aux collectivités par peur de disparaitre à la moindre contestation ? Culte de la sélection et de l’individualisme ?

Aujourd’hui avec Me Too les lignes bougent. Le mode oppressant et patriarcal de l’enseignement de l’art (le mode de la cooptation) ne va plus de soi. C’est un début. MeToo est passé par là et les langues se délient. Enfin ! Bien sûr les résistances sont énormes. En témoignent de nombreux témoignages lors de la ‘réunion publique’ organisée le 26 février dernier par La Buse (1) et à laquelle participaient des collectifs d’étudiant.e.s, en lutte contre sexisme, harcèlement et discrimination.

On est très admiratif.ve.s de ces jeunes collectifs et de leurs formes de luttes dont il faut prendre le temps d’explorer chacun des sites, de lire les témoignages, les revues, les affiches, le tout constituant un message fort ! Comme l’écrit si bien le collectif ‘les mots de trop’ il s’agit de réinvestir l’école d’art comme territoire d’expression, de liberté, et aussi de lutte ! Il est urgent de soutenir ce début de mouvement qui fissure le déni coutumier où s’enferment les institutions archaïques et obsolètes du monde de l’art. Comme dans l’affaire Lévêque où ce déni lourd comme une chape de plomb tend à écraser toute prise de parole mettant en question les intérêts politiques et économiques d’un petit milieu patriarcal ultra capitaliste à la pointe des expérimentations néo-libérales en matière de précarité et de concurrence. Il semble effectivement urgent pour les artistes de redécouvrir la force des luttes collectives et de l’auto-défense ! Et la période de formation est déterminante !

Par ordre d’apparition :

Lila et Ben, étudiant·e.s à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai ont organisé un atelier pour recueillir des témoignages sous forme de prises de parole libre sur les violences sexistes et les violences de genre, et de ces témoignages ont résulté un collage sur les murs de l’école. Collage décroché très vite par la direction… qui s’est finalement « excusée ».

Balance ton école d’art/Besançon : L’objet de l’association est de promouvoir et de développer l’aide et l’assistance aux victimes de violences sexuelles et, en général, de toutes violences et discriminations par des personnes détentrices de l’autorité commises en école d’art, et de les dénoncer .

Isbasta est un collectif formé suite à #balancetonecoledart de Besançon pour continuer le dialogue pour la mise en œuvre d’une école plus inclusive (plus saine) et pour dénoncer des « abus de pouvoir de la part de l’administration et de la direction ». Isbasta mène des ateliers au sein de l’école et un info kiosque pour maintenir le dialogue.

Balance ton école d’art / Marseille, créé suite à Balancetonecoldart /Besançon, pour ‘poster sur leur compte instagram des témoignages de victimes consentantes à rendre leur vécu public’ . ici encore il s’agit de violences sexistes racistes ou de violences de genre .

Éclatons la bulle, aux Beaux-Arts de Lyon est un groupe créé il y a deux ans pour avoir un espace de discussion sur les discriminations dans l’école et fédérer des actions militantes. En lien avec Art En Grève Lyon. Il.elle.s réfléchissent à créer un syndicat étudiant.e.s en lien avec les technicien·ne.s de l’école .

Les mots de trop est un outil de lutte et de sensibilisation contre les discriminations en écoles d’art, contre les propos racistes, sexistes, lgbtqiphobes, psychophobes, etc Le projet a démarré à l’ESAD de Rennes suite à un ras-le-bol général concernant sexisme et discrimination et un besoin de libérer la parole. ‘Nous souhaitons pointer du doigt la banalisation de ces comportements et propos oppressifs. Les affiches que nous avons réalisées sont le résultat de cette récolte. Il est temps de réinvestir l’école d’art comme territoire d’expression, de liberté, mais aussi de lutte.’

Revue Show est un collectif à géométrie variable autour d’un projet de revue à L’ENSAPC (Cergy) après un an de mobilisation suite à l’absence de direction à l’école. La revue s’est constituée comme archive pour transmettre aux nouveaux étudiants les réflexions et les combats des plus anciens. Beaucoup de textes concernent la question économique (précarité des étudiant·e.s) et produisent une pensée critique sur les conditions d’apprentissage dans les écoles d’art et des outils d’autodéfense pour les étudiant·e.s. Une plateforme qui permet des échanges et des rencontres avec d’autres collectifs sur des questions de discriminations raciales dans les écoles (décoloniser les écoles d’art).

Black Flower s’est constitué en réaction à un cas de racisme au sein de l’École supérieure des beaux-arts de Bordeaux. ‘Nous pensons que des peintures racistes n’ont pas leur place dans une école d’art aujourd’hui- – – Rappelons d’abord l’évidence : de telles images, pour les afro-descendant·e·s, sont d’une brutalité insoutenable.’ (Voir en note le lien pour la tribune compléte)

Engagement Arts ‘Dans le sillage du mouvement #metoo, nous, artistes et personnes concerné.e.s par le milieu de l’art en Belgique, nous adressons à notre communauté afin d’aborder le sexisme et les abus de pouvoir dans nos situations de travail. Nous avons rassemblé des douzaines de témoignages de harcèlement et de discrimination révélant l’oppression systémique au sein des activités artistiques en Belgique. L’ensemble de nos expériences démontre que la pratique d’abus de pouvoir n’est pas seulement récurrente, mais systématique.’ Dans la video Il.elle.s listent aussi les non-arguments qui reviennent toujours lors des entretiens avec l’administration. Par exemple « vous êtes la seule dans ce cas », ou l’absence de preuves, ou ‘le problème vient de vous’ etc

NOTE

1 – La Buse https://la-buse.org/ questionne le système économique de l’art, les dispositifs de rémunération actuels de ses acteur·rice·s, leurs statuts, ainsi que les questions éthiques relatives au pouvoir et à ses abus : comportement déplacé à caractère sexuel ou moral, discrimination, conflit d’intérêts et plus généralement les situations d’inégalités entretenues par la méconnaissance et/ou le non-respect du droit.

2 – un très bon article sur le sujet : https://www.streetpress.com/sujet/1612782917-metoo-harcelement-sexuel-beaux-arts-etudiantes-professeur-agression-patriarcat-culture?

1 commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s