BALANCE TON EMPEREUR ! —par Françoise Vergès

Misogynie et Racisme sont des compagnons de route

Napoléon, l’homme sur qui selon un historien un ouvrage serait paru par jour depuis sa mort il y a 200 ans!, adulé, commémoré, est celui qui se sacre empereur!!, rétablit l’esclavage et crée le Code civil. Son fameux Code civil que « toute l’Europe nous a envié » est un monument de patriarcat. Il revient sur le divorce par consentement mutuel que la Révolution avait reconnu (faudra attendre les années 1970!, pour que ça change); il exige l’autorisation du mari pour que la femme puisse travailler (encore les années 1970 pour que ça change!); déclare le mari « chef de famille » (annulé en 1970!!): et tout comme ça. « Nous autres peuples d’Occident avons tout gâté en traitant les femmes trop bien. Elles ne doivent pas être regardées comme les égales des hommes, et ne sont en réalité que des machines à faire des enfants. Il vaut mieux qu’elles travaillent de l’aiguille que de la langue » (1823). Ce devrait être les Communardes et leurs camarades (anniversaire de la Commune de Paris cette année) qui devraient être célébrées comme les insurgé.e.s d’Algérie qui ont aussi combattu en 1871 plutôt que ce virilisme militaire que Napoléon incarne.

Ça fait déjà plusieurs fois que des historiens me répliquent à propos du rétablissement de l’esclavage par Napoléon (1802) que je dois « voir le contexte, à l’époque tout le monde était pour ».

Le « tout le monde » = le monde blanc, mâle et bourgeois

Ça équivaut à dire: « les vies noires ne comptent pas » car enfin dès le premier jour les esclavisé.e.s n’ont pas cessé de lutter contre l’esclavage. Écrits, marronnage, insurrections, rébellions, révoltes, empoisonnement, suicides… Quand Napoléon rétablit l’esclavage en 1802, cela fait déjà 11 ans que se mène l’insurrection révolutionnaire des esclavisé.e.s de Saint Domingue future Haïti. 11 ans!!! Et en Guadeloupe, les ancien.ne.s esclavisé.e.s sont libres depuis 1794. Donc « tout le monde » n’était pas pour et le « contexte » le démontre.

C’est stupéfiant à entendre. Les Noir.e.s sont clairement à leurs yeux en dehors de l’humanité, de ce qui « compte », ce qui compte c’est l’opinion des « blancs », de leurs semblables. Mais même là, c’est malhonnête: il y avait des Européen.ne.s contre l’esclavage. Enfin ce n’est pas stupéfiant, c’est dans l’ordre de leur monde, celui d’une division de l’humanité entre vies qui comptent et vies qui ne comptent pas.

Les désastres d’une guerre coloniale

En 1807, Napoléon, qui s’est couronné empereur en 1804, envoie 23 000 soldats et mercenaires en Espagne, et installe son frère Joseph sur le trône. Le 2 mai 1808, la guerre d’Indépendance commence, les Espagnol.e.s se soulèvent. Une guérilla commence (c’est là que ce terme entre dans l’histoire). La guerre est sanglante, la terreur règne, selon les témoins de l’époque, les troupes napoléoniennes laissent derrière elles entre 215 à 375 000 morts, des villes en ruine, et la famine. Les hommes espagnols capturés sont démembrés, châtrés, empalés contre un arbre. L’historien Jean-Marc Lafon (2006) parle des viols massifs, selon un témoin de l’époque: « les Français et les Polonais se répandirent dans Malaga violant toutes les femmes qu’ils trouvaient seules ». Un autre témoin: « Les dix jours où les Français furent à Cordoue, ils ne s’occupèrent que de piller, voler, boire et manger et se livrer au brutal appétit de leur sensualité » (le viol). Pour échapper aux viols, souvent collectifs, les femmes espagnoles se jetaient vivantes dans des puits ». et des citernes. Des femmes furent mises aux enchères. Dans les écrits français, les femmes espagnoles furent diabolisées, harpies sanguinaires ou à la beauté cruelle.

Les troupes napoléoniennes durent se retirer, et Napoléon, ce « grand stratège » connut une défaite.

Goya, peintre de cour, était au départ pour les français, il espérait qu’ils apportaient les idéaux de la Révolution, et mettraient fin à une monarchie réactionnaire, mais témoin de leur brutalité à Saragosse, il fut horrifié commença à peindre « les désastres de la guerre » mais qui furent rendus publics après sa mort.

C’est cet homme (Napoléon, pas Goya) que la France honore en mai prochain.

NOTES

1- Exposition en avril 2021 -Grande Halle de la Vilette : Napoléon https://lavillette.com/programmation/napoleon_e1073

2- LOS DESASTRES DE LA GUERRA – DON FRANCISCO GOYA – il est possible de tourner virtuellement les pages de ce livre impressionant de 172 pages et quatre-vingt-deux gravures réalisées entre 1810 et 1815 . https://www.wdl.org/fr/item/19462/view/1/1/

Fatales consequencias de la sangrienta guerra en España con Buonaparte. Y otros caprichos enfáticos, en 82 estampas. Inventadas, dibuxadas y grabadas, por el pintor original D. Francisco de Goya y Lucientes. En Madrid (« Les conséquences dramatiques de la sanglante guerre menée en Espagne avec Bonaparte. Et autres caprices emphatiques, en 82 estampes. Inventées, dessinées et gravées, par l’auteur et peintre D. Francisco de Goya y Lucientes. À Madrid »).

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