On veut pas mourir sur scène !

On republie, dans l’idée d’ouvrir un débat nécessaire et urgent, un texte manifeste du collectif Art En Grève qui pose de façon polémique la question de la réouverture d’institutions culturelles qui traitent si mal les artistes. À la suite, l’appel à manifester des mêmes pour le 16 janvier…

Mardi 15 décembre, le «monde de la culture» s’est donné rendez-vous pour manifester dans toute la France à l’appel de quelques syndicats et d’institutions culturelles. Nous nous sommes demandé·es pourquoi nous nous sentions si mal à l’aise à l’idée de rejoindre cette mobilisation.

Rouvrir les institutions culturelles, retourner au travail exploité, est-ce seulement une perspective politique souhaitable ?

Place de la Bastille à Paris, une pancarte sur laquelle on pouvait lire «On veut mourir sur scène» représente exactement la mythologie contre laquelle Art en grève Paris-Banlieues s’est toujours battu. Cette croyance qui rend complice d’institutions qui harcèlent leurs employé·es, normalisent le travail gratuit, sous-traitent celleux qui nettoient ces lieux, effacent les corps minoritaires, perpétuent les modes de représentation et de mise en récit d’une modernité occidentale, bourgeoise blanche-cis-hétéro-patriarcale, destructrice du vivant et à bout de souffle.

Qui peut encore brandir les valeurs de l’«Art» et la «Culture» comme s’il s’agissait d’un grand front uni ?

Qui peut encore sincèrement soutenir que l’«Art» et la «Culture» sont des contre-pouvoirs efficients contre les oppressions inter-reliées qu’il est urgent de combattre ?

À l’occasion de ce rassemblement, on pouvait battre le pavé côte-à-côte avec son·sa patron·ne harceleur·euse, son·sa curateur·rice ou son·sa chorégraphe exploiteur·euse, et la grande famille de tou·tes les oppresseur·euses de la bourgeoisie culturelle qui main dans la main réclamait que son monde de l’art — dont elle seule tire des privilèges — puisse rouvrir.

Nous pensons aujourd’hui que la culture n’est pas en danger mais au contraire que c’est le monde de la culture qui est dangereux. Derrière l’affichage de valeurs progressistes ces lieux d’«art washing» perpétuent le règne du profit, de la compétition et participent à assurer la pérennité des rapports de domination et les violences classistes, racistes, validistes, de genre et de sexe qui en découlent.

Maintenons ces lieux fermés ou occupons-les. Associons nos luttes à celles des mouvements contre les lois fascistes sur le «séparatisme» et de «sécurité globale». À nous d’imaginer des espaces et des organisations autonomes, autogestionnaires pour renverser ce monde de l’Art autoproclamé dont nous ne voulons plus, puisque comme le soulignait une pancarte deter au milieu de cette foule, que ces lieux soient ouverts ou fermés «La seule culture qu’on nous laisse c’est celle du viol».

AEG

APPEL À MANIFESTER

Samedi 16 janvier, pour ce premier acte dans la rue de 2021, ART EN GRÈVE PARIS-BANLIEUES rejoindra avec le PINK BLOC le cortège de tête de LA MARCHE DES LIBERTÉS contre la loi Sécurité Globale, contre la loi Séparatisme et contre l’impunité liberticide de Macron et son monde, qu’il continue de défendre à grands coups de violences policières et de casse sociale.
En décembre 2020, après l’appel ON OUVRE du « monde de la culture » (comprendre : des dirigeant·es d’institutions) nous avons publié un communiqué en réaction au malaise ressenti face à une telle initiative qui creuse le fossé des revendications entre celleux qui tirent des privilèges du monde de l’art et celleux qui le subissent. Voir texte ci-dessus.
Parce qu’aujourd’hui on fait toujours le constat que ce que l’on appelle « art », c’est un milieu qui soutient, diffuse et défend un artiste à la renommée internationale accusé d’actes pédocriminels ;
c’est une programmation du « in » du festival d’Avignon 2021 qui s’annonce déjà (who cares ?) ;
c’est Pinault qui ouvre sa fondation d’art ;
ce sont des directeur·rices toxiques qui partent à la retraite oklm, ou qui bénéficient de vitrines médiatiques pour maquiller les réalités violentes de leurs actions et systèmes de pensées ;
ce sont des institutions publiques et privées qui les couvrent ;
c’est le logo BNP Paribas qui fait partie du décor et des financements d’une majorité des lieux d’art et de culture ;
c’est un directeur d’école d’art qui légitime la production d’œuvres racistes dans son école sous couvert de liberté d’expression ;
ce sont des directeurs masculins cis-blancs encore et toujours nommés à la tête d’institutions qui programmeront des artistes masculins cis-blancs qui feront sans doute des pièces avec des prête-noms féministes et/ou racisés ;
ce sont des burn-out partout dans les équipes administratives et artistiques ;
c’est de la sous-traitance lucrative et des mauvaises conditions de travail pour celleux qui nettoient et sécurisent les lieux de culture, comme pour celleux qui installent les œuvres des expositions, dans l’indifférence générale et l’ombre des artistes…
L’intersectionnalité est plus que jamais d’actualité. La question de « libérer la culture » ou de « rouvrir les lieux » ne peut se penser en dehors des multiples systèmes d’oppression qui y ont cours. Au contraire, refusons tout prétendu retour à la normale ! Ce sinistre programme ne nous convenait pas plus hier qu’il ne nous convient pour demain.
Ce monde-là nous n’en voulons toujours pas et nous continuerons de le scander haut et fort, encore en 2021.
Aussi nous appelons les travailleureuses de l’art à nous rejoindre vnr & deter ce samedi 16 janvier au départ de Daumesnil pour le début d’une nouvelle année de luttes !

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