L’HYPOTHÈSE MARTIENNE

Yuk Hui écrit : « Or, au milieu de la pandémie du coronavirus, les recherches sur les voyages vers Mars paraissent inutiles, voire absurdes, pour arrêter la propagation d’un tel virus et sauver des vies. Nous, les mortels qui habitons encore cette planète appelée la terre, n’aurons peut-être pas l’opportunité d’attendre de devenir immortels, comme les transhumanistes l’ont annoncé dans les slogans de leurs entreprises. »

Devenir immortel ? Est-ce leur projet ? Est-ce notre avenir ? Cerveau humain greffé sur des robots? Intelligences artificielles qui, comme dans Neuromancien de Gibson, prennent le pas sur, se confondent avec, le vivant ?

Flash-back : en 69-70, la seconde vague de la grippe de Hong Kong a fait 1 million de morts sans qu’on en parle dans les médias (sauf de façon ironique : le 11 décembre 69, vers le pic de mortalité, on peut lire dans Le Monde que « l’épidémie de grippe n’est ni grave ni nouvelle », et que « la crainte qu’elle inspire n’est qu’une « psychose collective » »). Sans confinement, sans branle-bas politique et médiatique.

Que s’est-il passé depuis ?

Tous les signes indiquent qu’on ne vit plus dans le même monde !

Entretemps (50 ans, ou deux générations) s’est mis en place une culture, plutôt une idéologie sécuritaire (et sanitaire).

Si on prend les chiffres de la mortalité saisonnière européenne, par exemple, la période COVID n’est pas vraiment exceptionnelle.

Pourtant cette pandémie (cette invention de la pandémie dirait Agamben et bien sûr, ce dont il parle c’est du ‘phénomène pandémie’) va déclencher un tsunami politique et économique fondé sur un énoncé éthique inopposable (bien qu’en trompe l’œil).

On ne doit pas laisser mourir !

Mais, schyzophrénie galopante des discours et des faits, post-vérité, c’est précisément ce qu’on fait, laisser mourir (atrocement) dans les EPHADS.

Les faits prouvent sans ambiguïté qu’on laisse mourir plus que jamais en occident, en premier les réfugiés (et d’abord ceux qui tentent de trouver refuge), en second les pauvres, en troisième lieu (les deux catégories ont tendance à se superposer) les habitants des banlieues.

On laisse mourir, mais le discours politique et médiatique, ou plutôt politico-médiatique à tel point l’écart a disparu ces dernières années, martèle le contraire et en tire argument (on ne peut pas laisser mourir) pour imposer des mesures (et des lois) d’exception.

Mesures et lois qui ne sont pas à une contradiction près ; plus précisément elles ne sont que contradiction.

Avec quand même une dominante, anxiogène, par matraquage de chiffres hors contexte, et refrain sécuritaire.

Fradin écrit: « Comme nous glissons, lentement mais sûrement, vers un modèle sécuritaire aggravé, vers un autoritarisme croissant… »

Quel est cet autoritarisme croissant, cette gouvernementalité dictatoriale ?

À brève échéance… une gouvernementalité algorithmique (déjà en place dans les entreprises). Mise au point des systèmes automatisés de gestion (de la production, des populations). Homme-machine. Ceux qui se ne se conforment pas (l’indien de Huxley, le Winston Smith d’Orwell) seront montrés du doigt, punis, rééduqués, exclus de la société (dans cet ordre et suivant la froide mécanique du crédit social à la chinoise).

Comme Sophie Gosselin et David Gé Bartoli l’écrivent : « L’application de techniques de traçabilité des malades de la Covid-19 préfigurent la mise en place d’une société de contrôle sans précédent. »

Qu’est-ce que la pandémie comme phénomène ? Précisément cette accélération hyperbolique de la mise en place des technologies de contrôle !

Mais contrôler quoi, exactement ? Contrôler le travail, contrôler les déplacements, les loisirs, les fêtes de famille, les réunions politiques ou culturelles, en bref contrôler les… comportements. Contrôler la recherche, la pensée, les intentions, prévoir même, prévenir, selon l’hypothèse K. Dickienne dans son ‘rapport minoritaire’ (minority report pour l’adaptation de Spielberg).

Faisons un peu de SF nous aussi, posons une hypothèse, que j’appellerai l’hypothèse martienne, celle de l’occasion pandémique comme répétition générale d’une gestion des populations —à distance.

La question n’est plus de savoir si les voyages sur Mars sont inutiles ou absurdes, mais de faire (en esprit) un saut en avant et de penser la question de la pandémie… depuis Mars.

Reconnaissance faciale, internet haut débit, algorithmes, drones, neutralisations ciblées, l’exode martien (des oligarques) suppose la gestion automatisée et cybernétique de la population terrestre —en attendant sa disparition ?

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