DE L’ART, DE L’ARGENT, DE LA MORALE —par Rémi Marie

 

La ou les questions que soulèvent l’appel au boycott du post précédent renvoient toutes à celle de la valeur et du rapport de la valeur esthétique à la valeur financière. Ce sont des questions morales dans le meilleur et plus large sens du terme, non celui du bien et du mal, dichotomie sociale-religieuse, mais dans le sens éthique, esthétique… et économique.

La théorie de la valeur ou “recherche pour établir une hiérarchie entre les valeurs” s’intéresse en principe à deux types de valeur, la valeur morale, ou éthique, et la valeur esthétique. Elle oublie l’essentiel, la valeur économique, la valeur qui today percole toutes les autres jusqu’à fusion de toute valeur dans la seule valeur monétaire.

La fondation LVMH est le symptome le plus visible de cette fusion : en produisant de la valeur esthétique par le biais de la valeur financière et réciproquement, les Pinault et autres magnats ont le sentiment du devoir accompli, ils font (le) bien (quel que soit le sens qu’on donne a ce terme).

Que la valeur esthétique se produise est today une tautologie, au moins depuis APT (Art Pension Trust créé en 2004). On sait que le système art est circulaire et que les acteurs de ce monde, artiste, critique, collectionneur, se tiennent tous par la barbichette. Et c’est tout le problème. C’est à dire que le problème est un problème de référent absent.

La valeur esthétique, éthique ou économique est une production artificielle, beau, bon et bien(s) vont main dans la main (celle invisible du marché ?) et c’est ce tour de passe-passe que cache/montre le signe transparent/opaque qu’est, architecturalement, la fondation LVMH. La morale contemporaine s’autonomise, elle se libère de toute morale antérieure, de toute idéologie. Elle est sa propre morale, et l’argent est son unique signe.

La question de l’autonomie, ou du manque de référent, renvoit à la question totalitaire, elle renvoit à la question politique, celle de l’ultra-centre ou TINA. Les conditions d’établissement de la valeur étant parfaitement arbitraire, il ne peut y avoir que des effets de mode et toute éthique (toute esthétique) procède de ces effets, et, en dernier recours de l’argent qui les créent.

Pourtant, si on pose cette question de référent sur Art debout c’est qu’on est persuadé qu’il existe, possiblement, un autre système de valeur et un autre système de jugement. Le ‘c’est beau parce que c’est cher’ est un pauvre ballon de baudruche vite dégonflé. Il y a quelque chose qui manque et peut-être bien que ce qui manque, ce qui a disparu c’est justement, ça ne peut-être que l’art. L’art manque, l’art est ce qui manque, et ce manque fait sens.

En manquant, en étant ailleurs (que dans les galeries, les musées, les fondations), en disparaissant des radars culturels, l’art indique une autre possibilité, une autre direction, la direction d’une autre valeur, une valeur sans valeur, une morale amorale. L’art manque, d’être commun, d’être omniprésent mais invisible (invisuel), d’être magique mais discret, une relation au monde, une prise directe sur la vie.

RM

 

Voir aussi le post L’ART ET L’ARGENT

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