Banlieue de Paris – par Denis Moreau, artiste-marcheur

Denis Moreau , artiste-marcheur architecte , parcourt la Banlieue de Paris depuis 1995 ,  avec une non-méthode en constante re-élaboration . Balades inquiètes, vaste chantier d’exploration à la recherche d’un autre Grand Paris  – objet noir forcément inconnaissable – Hacking Urbain, Denis se déclare Urbaniste en chef de sa propre métropole imaginaire. Forcément périphérique !
« Faut-il que je remonte d’autres fleuves, toutes sortes d’autres fleuves, noirs, invisibles, immatériels, …  pour retrouver un peu de joie à la promenade inquiète. Et inquiéter le petit monde de la promenade, qui lui aussi peut se mettre à ronronner comme les ventilos des machines du grand bazar. Voilà que je me prends pour Pessoa, ça craint d’autant plus, que je ne suis pas employé de banque, mais plutôt chômeur longue durée, enfin comme tout vrai promeneur contemporain, peut-être ? »

 

170124 L’anti-chemin ?

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Conflans Neuville Maurecourt Andresy

Cartes IGN n°2214 ET et 2313 OT.

 

En septembre dernier, je ne me souviens plus de la date, mais c’était un soir. Je me disait depuis plusieurs jours qu’il fallait que je sorte de ma torpeur dans laquelle j’avais été plongé tout l’été. Je n’avais même plus le désir de partir quelque part. En plus des quantités impressionnantes de canettes de 8,6 je sifflais quantité de films en streaming et quelques polars, j’avais en fait épuisé mon stock de livre attirant, terminé la lecture des « Portes de la perception » de Huxley, et il n’y avais plus aucun streaming juste regardable de dispo. Je venais de dire à Sigrid au téléphone que je devrais appelé Jens, ce que j’ai fait, et je me suis retrouvé embarqué dans une sale histoire !?

Rdv « Au Père tranquille » 30 minutes après aux Halles avec une douzaine de personnes. Moi aux Halles, et en « société », pfff… même si c’est le centre de la banlieue, j’avais vu personne de l’été ! Et puis assez vite l’idée de contribuer à ce projet de chemin du très grand Paris, façon GR2013, m’a fait redémarrer les machines… Le projet venait des bonnes personnes, justement pas des parisiens, ni des grands parisiens, c’est bien. En fait c’est ce que j’attendais depuis plusieurs années, je me suis plongé là dedans, et voilà que ça prend tournure, les repérages s’enchaînent à une cadence soutenue, le calendrier se définit comme une course folle, et je suis sur le bord de ce machin, ce qui me va parfaitement bien !

Aujourd’hui, je pars seul, plus ou moins pour préparer les deux premiers jours de marche officiels du 24 et 25 février, la « Caravane 01″, après les 2 journées préliminaires mémorables des 12 et 13 novembre, mon Clamart – Nanterre, et le Ris – Evry de Jens. Là, Il s’agit d’éprouver voire affiner les hypothèses de Paul et Jens entre Poissy et Conflans pour samedi 25 février. Mais tout de même, je suis pas inspecteur de pipeline, il faut que le désir d’aller voir quelque part, se présente… Du coup, je me questionne sur l’ensemble du tracé hypothétique entre Poissy et Cergy, sur le fameux trilobe de Paul. Passer par Chanteloup parait une évidence pour qui connait un peu le très grand Paris et il n’y a que trois ponts sur l’Oise, c’est la première contrainte. C’est pour cela que je mets le cap sur Neuville-sur-Oise, où j’ai des souvenirs vieux de quelques années déjà, pas d’images et pas de kml, mais je me remémore le coteau sur la Seine, le village rue complètement mort et sur le plateau bien plus loin, les extensions de l’Université de Cergy qui se développent à la façons des zones d’activités autour de la gare RER en plein milieu des champs, la métropole dans toute sa splendeur morbide.

Si on réfléchi à la contraintes des ponts, alors on peut imaginer monter sur l’Hautil depuis la gare de Chanteloup, puis redescendre une fois de l’autre coté jusqu’au quai de l’Oise à Andrésy, de façon à longer ce qui reste encore de péniches en activités, traverser, puis remonter la rive gauche, même si cela fait une grande ligne droite, dans une zone portuaire sans beaucoup d’événements, c’est toujours mieux que l’ennui testé l’autre jours entre Andrésy et Cergy, qui ne permet pas du tout de comprendre quoi que ce soit.

Aujourd’hui en sortant de la gare du RER de Conflans fin d’Oise, rive gauche, je descends l’escalier du parking à étage qui ressemble tout à fait à un escalier de secours d’un parking à étage des années 80 mais pas du tout à la sortie d’une gare du RER A. Les portes blindées à badges sont d’ailleurs bloquées en position ouvertes, comme ci cela n’avait pas été prévu. Après le viaduc de la ligne L du Transilien, on est directement sur la zone portuaire, un vague trottoir en herbe ne correspond à aucun cheminement piéton réellement prévu.

Je me rends compte que c’est cela que je suis venu chercher, un chemin emprunté par aucun randonneur, ni aucun urbaniste, pour m’assurer que personne ne me suive par là, aucun marketeur urbain, aucun spécialiste du tourisme culturel, ni surtout aucun pèlerin. Et ce n’est pas sûre que la bande me suivra ici !? À ma grande stupéfaction je tombe né à né avec un panneau de l’avenue verte cyclable Paris Londres, c’est là que je commence à enregistrer des images.

La route après le panneau me fait penser au titre célèbre de Heidegger, « Chemins qui ne mènent nul part ».

« Dans la forêt, il y a des chemins qui, le plus souvent encombrés de broussailles, s’arrêtent soudain dans le non frayé. On les appelle des Holzwege ». Après quelques minutes de marche, cela s’avère une réalité effective, le chemin entre la Seine et la station d’épuration s’est effondré, des grilles en triple épaisseur sont attachés ensemble au serflex, pour être certain qu’aucun gamins décérébré dans mon genre ne tombe dans les eaux pures que recrache le léviathan.

Je reviens en arrière, puis je quitte le chemin ou continue la vélo route, pour remonter le coteau dans la forêt. Plus haut le long du RER je découvre un mini terrain de cross en sous bois juste à l’endroit ou le kilométrage depuis les Halles (28,50) laissent place au kilométrage de la section de Cergy. Des rouleau de barbelés anti-tageurs dignes de Fort Knox, semblent menacés par quelques rejets de jeunes sujets Quercus. L’endroit précis ou commence la liaison entre les voies du RER A et la ligne de Paris Saint Lazare Poissy. Un jour peut-être un tunnel sera creusé entre Poissy et Cergy Saint-Christophe.

Souvenir de ma traversé entre Poissy et Cergy, potager idéal de Marie Pôle (une parisienne indécrottable) et jungle humide accidentée sous la quatre voie en viaduc du boulevard de la Viosne. Remontée directe sur la dalle de Marcouville visiblement plus directement rattachée au sous continent indien qu’à la métropole du grand pas Paris.

Dans le sous bois, Je cherche à rejoindre le petit sentier pointillé qui figure sur mes cartes IGN, il y a un petit talus, puis je suis en lisière d’une sorte de grand pré parfaitement plat, inculte et caillouteux, je décide d’aller m’asseoir vers le milieu pour attaquer ma gamelle de Harengs pommes à l’huile. Un oiseau s’envole de la cimes des arbres qui bordent le plateau, je sors mes petites jumelles d’observation.

Est-ce que le chemin du très grand Paris va passer ici, si il y a une question politique c’est bien celle-ci. Comme toujours avec l’aide d’une carte, c’est assez instantané, ce lieu vide, absent, exclu, apparait, me saute au yeux, il suffit d’aller le cueillir, c’est un terrain vague, blanc, ce vide à l’origine de la ville loin des églises ou autres lieux de pouvoir, et à l’origine aussi de « banlieuedeparis ». Est-ce que le chemin du très grand Paris, va vraiment aller ailleurs que là où on veut toujours nous faire aller ? Personnellement, je n’irais jamais là où on veux me faire aller, je revendique d’être ingérable. À moins que l’on me récupère, début de la fin, déchéance ultime ? À moins que je ne participe de l’érosion des espaces blancs, au profit de la grosse machine touristique mise en place par la Matrice ?

Et pourquoi la vélo route Londres – Paris, passe ici, juste en bas, ainsi que cette branche du Rer A, pour rejoindre cette extrémité de l’Axe après des virages qui ressemblent à un bol de ces pâtes japonaises nommées « Udon » comme le nom de mission a consonance mythologique des Rer « UDON » pour Cergy. Après recherches Udon, semble être un Roi vers 1025, de provinces baltiques, descendant des vandales.

Je mitraille des images de la nuit depuis l’intérieur du RER qui me ramène chez moi, coté sud. Le grand portique à container, encore solitaire du port de Gennevilliers, aux bras déployés au dessus du fleuve, la nuit tombante, avec les reflets de l’intérieur de la rame sur la vitre sécurité me fait penser à « Alice dans les villes », ou bien à « une journée dans la baie de personnes » que je suis en train de lire consciencieusement, même si nous ne passeront probablement pas par le val de Crüye, tout du moins pas avant la phase 3 du chemin vers 2024.. Ira-t-on à Chaville avec Jens, toquer à la porte de Peter Handke ? Est-ce que je vais finir par écrire un bouquin, le premier d’une longue série ? Je suis toujours assez lent au démarrage.. L’ailleurs c’est l’intérieur, et l’intérieur il n’y a pas besoin d’être mystique, ni croyant en je ne sais quelle superstition ou bondieuserie, ni faire usage de LSD ou de canettes de 8,6 pour aller le cueillir, là où il est ! Souvenirs de Treilles, .. est-ce que tout ça n’est pas encore un peu trop essentialiste ?

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160825 banlieue de la crise de nerf

En manque d’amour
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Voyage interstellaire immobile, Paris 13, Fleury-les-Aubrais, Le Bec d’Allier, Hollywood

Juillet aout 2016, deux mois de promenades difficiles

La banlieue globale, l’ensemble de la glace, toutes les iso-strates interconnectés par Muethdiver et Neuromancien se définissent comme une seule ville diffuse de zones proliférantes surdifférenciées mais caractérisées par le manque d’amour. La banlieue, ville en devenir est une ville en manque d’amour qui oscille encore entre prostitution et cancer. Cette oscillation est le scandale politique d’une masse devenue hors contrôle. La banlieue est une ville en manque d’amour, mais la ville est devenue une prostituée, une no-go zone marchandisée, but ultime de nos pseudos élites corrompues adorateurs des biosphères artificielles climatisées, ce n’est pas un rébus, ni un syllogisme mais la description la plus exacte possible de l’étendue traversée au fil des ans ici. Il est tant de prendre un peu de hauteur, ou bien plutôt de revenir à une assiduité un peu plus soutenue des billets ?

Pour en revenir au manque d’amour. Alors si j’aime la banlieue c’est que j’aime le manque ? Cela devrait m’aider à lutter contre mes addictions ? La banlieue peut-elle être « en désir de », à défaut de devenir désirable. Elle est le dernier bastion qui résiste à nous transformer en clients, comme le font tout nos processus pseudos culturels. Être « en désir de », est-ce déjà être amoureux ? Être « en désir » de quoi ou de qui ? La banlieue manque de féminité, trop d’aspérités, de barbelés, tessons de bouteilles. Pourtant le terrain vague ?

Zones Blanches, j’ai numéroté par ordre d’apparition tous les lieux du petit bouquin de Philippe Vasset. J’arrive à 97. Lorsqu’il est sorti je n’ai pas pris ce petit bouquin au sérieux surtout à cause de sa zone de prospection limitée à la petite couronne parisienne, où justement les zones blanches sont en voie de disparition. Il en parle page 124. Les terrains vagues aussi disparaissent mais pas la violence. Terrorisme ordinaire de quelques caïds protégés comme éléments de la biodiversité. Chiba a besoin de Ninsei, nos États on besoin du conflit Syrien et nos élues de banlieues, des gros cons en motos trials ? Terrorisme ordinaire.

Même la banlieue se met à puer l’utilitarisme et le proxénétisme de tout le système. Telle « La Vallée heureuse » des collines de Hollywood, si bien décrite par Raymond Chandler dans « La grande fenêtre ». Ma propre haine monte en même temps que mon manque d’amour. Non pas que j’ai épuisé toute l’étendue, mais il me manque ces dernières semaines cette stimulation pour partir me promener ailleurs, partir chercher ce morceau précieux de marge qui habituellement me sauve, …

Il me faut maintenant souvent une ou plusieurs autres personnes avec qui partir dans cette recherche au départ solitaire. C’est peut-être bien, c’est peut-être une bonne nouvelle ? Le processus de guérison face à un véritable processus régressif, face à un repli trop complet dans l’imaginaire et les fugues de mon enfance ? Chandler toujours, même Opus, p. 223, coll. « Carré noir », 1982, le Docteur Carl, le psy à qui fait appel Marlowe, un grand juif costaud avec des petites moustaches comme Hitler, dit de Merle : « La gamine est, de toute évidence névrosée. Et c’est en partie fondé et en partie volontaire. Je veux dire que dans une certaine mesure, elle s’y complaît. Peut-être même sans s’en rendre compte. De toute façon ce n’est pas ce qui compte pour l’instant. »

Car il y a aussi la crise d’angoisse, crises de panique, de doutes, crise de nerfs, les prostrations, la maladie, la famille, les factures impayées, l’endettement, les dossiers à rendre, les gens qui voudrais vous faire faire quelque chose à leur gout mais pas au votre, les psychiatres douteux, l’alcool, la difficulté de savoir par quoi commencer qui vous empêche de commencer tout cours, ou bien le travail devenu vide de sens qui empèche de mener celui qui en a encore, les journées vidées de désirs. Toute cela participe-t-il d’une stratégie d’anéantissement cohérente des individus par la machinerie interstellaire ?

Étant donné que nous sommes de plus en plus nombreux à subir ces genres d’aliénations, particulièrement en banlieue globale, cela se met à exploser d’un peut partout, à la ceinture d’explosif si il le faut ! En tout cas, plein de gens refusent d’aller travailler chez Mac Do pour un demi Smic en horaires aléatoires, et moi tout pareil, c’est un engagement et une souffrance.

Mais je n’ai pas parlé ici de cette passerelle de tramway qui double le Pont de Joie (c’est son nom), au dessus des voies ferrées en limite d’Orléans et de Fleury-Les-Aubrais (Loiret – 45), tout près de la gare Sncf, et d’où l’on vois un gros paquet des châteaux d’eau du nord de l’agglomération orléanaise. À partir de ce point précis, j’ai tout un projet d’exploration à proposer à cette fameuse « Agglo » ou j’ai grandi (en marge et en fuite). Ni parlé de cette sorte de « terrain vague » constitué d’une étendue herbeuse pleine de trous et de bosses où se cacher. Des trous et des bosses recréées ou déplacées de temps à autres lors du débordement des eaux mélés de la Loire et de l’Allier. Étendue qui est heureusement protégée des iso-strates centripète par la levé Bec d’Allier, élément logiciel connu dans la Conurb, sous le nom de « G.L.A.C.E., Générateur de logiciel anti-intrusions par contremesures électroniques ». J’ai dormi là, vers le milieu, à la belle étoile, sous une sorte de gros peuplier isolé, par une nuit de lune. Elle s’est couchée assez vite laissant place à un ciel sans nuage presque favorable à l’observation du cosmos.

Faut-il que je remonte d’autres fleuves, toutes sortes d’autres fleuves, noirs, invisibles, immatériels, … Notamment pour retrouver un peu de joie à la promenade inquiète. Et chercher à inquiéter le petit monde de la promenade, qui lui aussi peut se mettre à ronronner comme les ventilos des machines du grand bazar. Voilà que je me prends pour Pessoa, ça craint d’autant plus, que je ne suis pas employé de banque, mais plutôt chômeur longue durée, enfin comme tout vrai promeneur contemporain, peut-être ?

 

 

150408 Fragment du grand sud parisien

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Ballancourt-sur-Essonne, Vert-le-Petit, Écharcon, Mennecy

Entre deux rendez-vous à l’hosto et ma première séance de chimio, nécessité de partir marcher,… Je suis bien décidé à reprendre l’écriture et les promenades, c’est-à-dire à ne pas me laisser manger par le monde de la kulture, inculture et vidage des cerveaux en mode spectaculaire, dont la bétise crasse est je pense en partie responsable de mon état… Nécessité vitale de travailler à ma cathédrale intérieure comme disait Bison Ravi. Cela dit, on pourrait aussi considérer la ville comme un cancer, notamment ce fragment de métropole ou ont sévi Valls et Dassault, les environs d’Evry-Corbeil, ville nouvelle cassée et vieillissante ainsi que suburbia néo-faf où se cachent usines de missiles et anciens centres de production de plutonium militaire dans le cadre pseudo bucolique de la vallée de l’Essonne, une version dégradée des bois de Vincennes où on pourrait circuler en voiture dans les allées habituellement réservées au piétons, ambiance base de loisir pour néo-chomeurs adeptes de la pêche à la ligne adossée à la bagnole.

Dès le départ de la balade, je me suis dit que venir me promener ici était un mauvais choix, une erreur, voir un mauvais signe quant à la reprise de mes explorations à grandes mailles, celles que je pratique sans les contraintes du monde débilitant de la culture. Que voulez vous, j’aime bien Pérec, mais je ne serais jamais un Oulipien, jamais un homme de système, ni d’appareil. Et puis, cela fait une paille que je n’était pas parti comme ça au désir quelque part dans le très grand Paris, … Cela date peut être de la publication de mon dernier billet ici ? J’exagère sans doute. Depuis j’ai fais des dizaines de promenades, repérages, balades et ballades, etc. mais pas dans cette liberté que j’ai pris ce mercredi en me déconnectant d’une liste de tâches de toute façon irréalisable. Comme j’expliquais à S. Il faut aussi que je ne sache pas à quelle heure je rentrerai. Je sais d’expérience que les bords de l’Essonne aux environs de Corbeil ont toutes les chances d’être glauques à souhait, alors pourquoi choisir une zone aussi sordide dans ces conditions ?

Arrivée à Ballancourt, deux types avec des looks de vrais malfrats descendent devant moi de la rame du BUPE direction Malesherbes, ils parlent de rallumer leurs portables et brancher le Gps, pour se rendre vite en haut, sur le quai l’un se retourne pour visiblement calculer si je ne les suis pas. Je prends un air détaché. Quelques dizaines de mètres plus loin je rentre hésitant en poussant une porte vitrée sous l’enseigne du Café de la Gare. La table de ce midi n’est pas débarrassée, et malgré un comptoir en petits carreaux années 30, la salle fait plutôt penser à un séjour. Un jeune candidat au djihad en djellaba grise part chercher le patron qui fait des travaux dans l’ancienne salle de restaurant attenante transformé en chambre à coucher. L’ambiance Far West commence à me plaire. Le patron avenant et basané fait genre ancien de la légion ou bien agent de la sécurité égyptienne, mais c’est plus probablement un néo-chomeur de la Snecma toute proche reconverti dans le bistrot. Le bibelot avec quatre têtes de serpents à sonnettes dressées qui entourent un buste de pharaon, installé au dessus du moulin à café, complète ce sommaire portrait fantasmé. Sur la porte en verre, une affiche pour l’exposition d’un ringardissime très médiocre peintre du secteur signale l’ancrage local de la maison. Accroché au faux plafond en BA 13 inachevé, est parfaitement fixé, du matériel d’éclairage dernier cris pour organiser les soirées torrides du coin pendant les travaux, c’est bien.

Malgré cet épisode réconfortant au café, et cette ambiance qui continue grâce à d’autres visages patibulaires, j’ai le sentiment d’avoir mal choisi mon point de chute dès les premières centaines de mètres. Trop de retraités en tenu de randonneurs, et puis lorsque Thierry m’appelle pour m’inviter à une virée rue des Morillons, je lui explique que ici aussi se dégage une atmosphère à la Maigret de canard. Sur le coté gauche de l’avenue de la Gare un petit panneau avec tricolore interdit de prendre en photo le magnifique étang derrière le grillage, mais je n’apprends que maintenant qu’il s’agit de l’ancienne usine du Bouchet, première usine française de raffinage d’uranium, officiellement exploitée de 1946 à 1971, mais nouvellement floutée sur Google. Elle se distingue aussi comme site de production de plutonium à partir du combustible usé de la pile atomique Zoé dès 1949 explique Wikipédia. Si j’avais su cela j’aurais peut-être changé mon itinéraire pour essayer de photographier un transport suspect d’Areva,… À l’inverse, après un fausse route jusqu’au bout d’une digue qui sépare l’étang fleurie du court principal de l’Essonne, je suis le tracé du GR11c. J’ai le sentiment désagréable de devenir un jeune retraité randonneur adepte de cette pseudo nature de la grande couronne.

À ma décharge, je précise que depuis la gare RER de Ballancourt, je n’ai pas de carte détaillée, ce qui, dixit Guy Debord and Co., est indispensable pour se perdre. Sur le petit parking mes discussions au téléphone, m’ont fait oublier l’intention de suivre ce balisage, tracé qui tout particulièrement dans un marais, offre la garantie de pouvoir traverser sans trop de détours. Car j’ai bien l’intention d’arriver à la gare de Mennecy avant la nuit, et ma carte « Michelin n°106″ au 1/100 000 ne permet pas d’identifier chacun des nombreux étangs qui entourent le cours principale de l’Essonne, tandis que l’IGN « 2415 OT Évry Melun » ne commence qu’un peu plus loin, juste avant Écharcon.

La séquence base de loisir goudronnée ne débute vraiment qu’au bout de la digue qui sépare l’étang à Chat et l’étang Fleurie. Je passe la rue du Moutier qui remonte sur le centre de Vert-le-Petit, et laisse à ma droite les ruines du bloc sanitaire d’un ancien terrain de camping sur la berge ouest du marais communal, toujours sur le goudron. Au dessus de cet étang au nord, je tourne à gauche dans la ruelle des Soeurs après être passé au dessus de deux petits canaux dont le premier avait un bon débit. Je remonte le coteau et tourne à droite dans l’impasse de la Fontaine Laveau, toujours en suivant le balisage.

Après plusieurs pavillons sympathiques et bien situés, déjà sorti de cette ambiance glauque, le goudron s’arrête, et le chemin est bordé coté marais par de la grille cadie verte en parfait état. Derrière les grilles, la vraie nature commence, vive la grille cadie,… Plus loin au débouché d’un petit sentier qui descends du plateau une petite borne en bon état signale le sentier de grande randonnée, des directions et distances. Il y a aussi un petit panneau qui dit « Espace naturel sensible Départemental du Marais de Misery ». Je continue tout droit, sur ce chemin des Prés (d’après OpenStreetMap). Mais je reste impatient de pouvoir lire ma progression sur ma carte IGN, je me promets d’acheter rapidement la carte « 2316 ET ».

Je traverse enfin Echarcon, jolie village avec un château peut-être Premier Empire à mi-distance entre la villa Palladienne et La Maison-Blanche, je redescends au plus court en direction de la gare de Mennecy. De chaque cotée de la R.D. 153, très roulante en cette fin de journée, les espaces inaccessibles de l’espace naturel sensible Départemental me rassurent un peu sur le genre humain, le département de l’Essonne à vu grand. Quant celui-ci sera géré par le Front National, ces espaces sensible seront sans doute vendu à des promoteurs de la mafia russe pour installer la nouvelle oligarchie francilienne. Malgré mes jumelles et quelques stations, je n’ai pas réussi à voir le Blongios nain, le plus petit des hérons, dont subsistent ici, parait-il, quelques uns des très rares spécimen d’Île-de-France. C’est bien comme ça, je préfère le laisser tranquille le Blongios,… En entrant dans Mennecy et longeant la ribambelle de boîtes à chaussures faisant office de logements plantés le longs du RER, J’ai vraiment le sentiment de rentrer dans l’agglomération de Corbeil-Evry. Je ne pense pas que l’Insee et ses critères obtus de définition de l’agglomération me contredirait, en tous cas la « Michelin 106″ le confirme on entre dans de la ville aggloméré après un trou de cet hérétique substance péri-urbaine. Un groupe fait de la gym allongés dans l’herbe en surplomb de la route, juste à l’entrée du parc de Villeroy. Une femme du groupe qui aperçoit mon regard curieux me remercie d’aller préparer le diner, ils arrivent très vite,…

Je suis à la gare un peu avant vingt heures. Un train pour Alfortville est annoncé à vingt heures vingt-sept. Il ne fait pas encore nuit, mais le jours décline. Pendant le retour, je réalise que j’attaque vraiment l’exploration des alentours de Corbeil-Evry, avec des secteurs ingrats et des pépites, un fragment du très grand Paris ou la ville se distend, où il faut marcher, revenir plus souvent et croiser les traces pour pouvoir appréhender le phénomène et essayer de le comprendre, relier le quartier des Pyramides à Mennecy par exemple, ou relier Lisses au Coudray. Il y a une situation de stress, une tension nécessaire au bon avancement de l’exploration, et puis un seuil ou les choses se dévoilent, toujours dans une marge, comme aujourd’hui entre l’impasse de la Fontaine Laveau et le chemin des prés, à Vert-le-Petit.

 

 

130501 Tu es comme le fleuve

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Choisy-le-Roi, chemin de hallage – Vigneux, Saussaie des Gobelins

Ce Mercredi soir, grâce à la bonne influence de S. mais qui est au travail en nocturne, j’essaie d’équilibrer les choses et donc je pars me promener, parce que mon cerveau est saturé par trois heures de travail idiot. Ce genre de travail qui m’empêche d’écrire ici, d’envoyer des newsletters comme au bon vieux temps, etc. Les projets « culturels » et leur administration… Je monte dans un 182 pour Villeneuve Triage, mais je descends au niveau du quai des Gondoles à Choisy, puis je marche sur la rive en direction de Triage. Je m’arrête sur un banc juste après l’avenue Danville pour contempler la majesté ébouriffante du fleuve.

J’ai souvent eu l’impression récemment d’avoir épuisé le Très grand Paris, ne plus rien avoir à y découvrir, ce qui me retenais d’ailleurs chez moi dans de mauvaises dispositions. Il n’y a pas si longtemps je cherchais justement à aller ailleurs parce que je croyais être trop souvent à suivre le bord du fleuve. Comme si je me culpabilisais d’aller promener dans des endroits trop pittoresques, etc. Mais en fait je me rends compte que le fleuve c’est le fleuve, il est partout, omniprésent, fondamental. J’ai besoin de lui, il est comme le chant d’une sirène, quelque chose qui enveloppe, qui fascine qu’on a envie de suivre jusqu’au fond de l’eau malgré le danger. Là, finalement, les motivations de promenades en bords de Seine m’apparaissent relativement inépuisables.

Vendredi soir, même topo, je poursuis la promenade de ce mercredi alors que S. travail en nocturne et que je souhaite lui envoyer une ou deux cartes postales de banlieue par téléphone. Il y a une légère discontinuité entre mercredi et vendredi, puisque je descends du RER D en gare de Vigneux, mais c’est la même promenade qui continue…

Je connais cet endroit depuis belle lurette, mais il y a encore plein de chose à y découvrir. Surtout j’ai aujourd’hui dans l’idée de voir si il existe un passage entre la Saussaie des Gobelins et l’île Brune. J’apprends d’un local qu’il y a eu une passerelle il y a longtemps. Il ne sait pas si on peux passer sous les voies ferré pour contourner la darse qui sépare les deux espaces. Au débouché j’aperçois de l’autre coté une cabane qui me renvois à mes questionnements sur le Rroms, Stalker, etc. Suite à mes quelques brèves rencontre avec Francesco, il y a un paquet d’année, nous ne nous sommes pas vraiment compris. Notamment cette question par mél qui me laissa sans voix suite à ma newsletter concernant l’implosion aux 4000 : « et alors ? » Je crois comprendre aujourd’hui que c’est parce que je n’ai jamais bien su expliquer ce que je pourrais faire à poser mon sac au milieu d’un camps de Rroms ou d’une cité de banlieue. Et pourtant cela s’est produit, c’était bien le contexte du projet à Nanterre par exemple. Face à cette cabane j’envisage de revenir bientôt dans les environs, sans forcément aller jusqu’à cette espace trop privatif de l’île Brune. Par environ, je pense aussi au « Pérou » dont ma parlé Laurent à Marseille. « Pérou » qui si j’ai bien compris à été évacué récemment sur ordre de notre bon ministre de l’intérieur. Pourquoi je n’irais pas trainer là bas !?

Le lien entre tout ça, c’est peut être le fleuve, toi et le chant de la sirène, l’immersion, le rapport aux autres, au monde, tout un tas de choses fondatrices et que j’ai en commun ou pas avec toi, mais qui existent dans l’interstice entre nous et les autres, entre toi et moi, dans notre rencontre, nos palabres qui pourraient nous engloutir joyeusement.

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i130503a BDP Vigneux chemin de l’écluse et Saussaie

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i130503a BDP Vigneux chemin de l’écluse et Saussaie

 

 

130308a Tous les pendre !?

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i130308a Tgv MSC GDL article libé grand Paris

Lecture de la double page de Libé consacré au « nouveau grand Paris » dans le Rer atomique.

J’ai pris cette image un peu mise en scène dans l’intention de la publier ici. Et puis comme je ne publie pas souvent, (pas assez) et que je suis pris par plein de conneries presque deux mois ce sont écoulés. Il y a aussi que j’hésitais à rentrer dans ce genre de polémique politicienne sur le (petit) grand (nouveau ?) Paris Sarkozyste. Ce sera finalement un billet politique de banlieuedeparis (et je ne sais pas si c’est comme ça que je vais trouver du boulot.. enfin il devraient me filer un poste ou un peu plus d’argent au lieu de sortir des inepties pareils).

Car enfin, je n’ai absolument rien contre la bonne ville de Paris, je veux parler de la municipalité, bien au contraire, mais il faut dire que si le président du nouveau machin (nouveau grand Paris, ou autre) est le ou la maire de Paris, ce sera juste indécent.

Voilà, et d’ailleurs je le dis autour de moi, tout particulièrement quant j’organise une visite financé par la ville de Paris. Le (petit) grand (nouveau ?) Paris présidé par le ou la maire de Paris, c’est exactement ce genre de choses, qui décrédibilise notre caste de politiciens lobotomisés par leurs fréquentations du club « le siècle » ou des bureaux de Vinci. J’avais pourtant à priori rien non plus contre J.M. Ayrault, mais comme pas mal de monde, sans être un zadiste actif ni salarié à Florange, j’ai de plus en plus de griefs contre lui.

Le ou la maire de Paris, président(e) du nouveau grand Paris !? alors que ça fait des siècles que la capitale chie sur la gueule de la banlieue… (plus maintenant ?) Il s’agit en effet d’un registre symbolique et il semble que ce registre symbolique échappe totalement à nos élus. Est-ce que cela voudrait donc dire en fait que ces élus professionnels ne font plus de politique mais juste des affaires, de la bonne gestion, même « radicale », etc.

Enfin, c’est pas brillant cette histoire. C’est peut-être déjà de l’histoire ancienne, j’ai pas suivi le feuilleton, depuis, mais ça donne pas envie de le suivre. Et puis c’est pas l’objet de ce blog, ni de mon boulot. D’ailleurs je ne sais toujours pas quel est l’objet de ce blog, mais de tant en tant il y a des positions qu’ils faut prendre et affirmer.

 

130104 Maffia blues 2013 !

P1000419

 

POUR CONTINUER À LIRE DENIS MOREAU = http://www.banlieuedeparis.org/

Denis Moreau est associé au projet de ‘sentier métropolitain du Grand Paris ‘ dont certaines recherches de parcours sont publiques = https://lesentierdugrandparis.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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