POLITICS ! (micro-politiques, ou la révolution par en-dessous) —par Rémi Marie

Un texte écrit il y a quelques années à Montréal, au tournant de l’année. L’idée c’est que la révolution par en-dessus, le changement de gouvernement, voire de constitution, n’est en réalité qu’un changement de paradigme ou de ‘contrat social’ qui n’amène la plupart du temps qu’une accélération des transformations économico-sociales —et pas dans le bon sens. Le vrai changement (pour le meilleur et pour le pire) s’opère par en dessous, à un niveau invisible, donc incontrolable, par des micro-glissements qui font un jour boule de neige. Aujourd’hui ? Je ne sais plus… J’apprends à conduire des engins de chantier… à toutes fins utiles…

Mardi soir, Montréal, je regarde la peinture du plafond du Cagibi qui s’écaille, je regarde les globes dépareillés en verre tinté, je regarde les tableaux accrochés aux murs cette semaine qui semblent déjà anciens, je regarde les étudiants qui travaillent sur leur laptop, j’écoute le son des voix, j’écoute les sons étranges de cet accordéon, je grignote le grilled cheese special onion and porto, je sirote ma pinte de Saint-Ambroise stout, je revois les cafés d’Anvers ou de Bruxelles, je déguste en pensée les bières de petites brasseries que j’ai bu à l’Athénée à Ixelles, près de la porte de Namur, je suis au chaud, je suis bien, l’esprit open, curieux, j’aime cette petite communauté étudiante et artiste, je l’imagine bloquée par la neige pendant une semaine, j’imagine l’organisation, j’imagine les débats, les discussions, les prises de décisions, POLITIQUE! je regarde les visages, l’attitude de chacun, ceux qui parlent fort, ceux qui se taisent, ceux qui dirigent, ceux qui suivent, ceux qui laissent faire, a small community, a small bilingual community, couple of girls speaking english on the long sofa, a small bisexual community, POLITICS! what are the rules here? the unwritten rules? who made the rules up? je me souviens de ce squat où j’ai passé quelque temps à Paris, je me souviens des AG de crises, je ne sais plus quelles crises, je me souviens des pouvoirs invisibles que j’appelais mafias, je me souviens des bagarres pour l’espace, des petites guerres internes entre les clans, de la main mise d’un groupe sur l’information, je me souviens de la cuisine sale, de ma lutte pour un peu de propreté, des stratégies pour prendre une douche chaude, vivre ensemble, POLITIQUE ! the band is playing now, I’m listening to the music, the accordion girl, the electronic guy, bruiteur non réaliste, j’essaie d’imaginer le film, sons grinçants, un métro dans la courbe serrée avant la station Bastille, sons raclants, objets discrets, cailloux sonores, le film c’est ce que j’ai sous les yeux, l’espace s’est transformé, des lignes de forces différentes se créent, un petit groupe au centre, très jeune, continue à travailler sur des laptop de dimensions variables, certains mangent leur tacos, boivent leur bière, une attention tranquille, we are together, it’s not love it’s not family it’s just being together, POLITICS! what do we have in common? apart from the music? something? nothing? a small community anyway, somebody owns the place, some other people rent it, we pay for it, table rouge carrée, vieux sofa doré, quelqu’un fait passer un chapeau, quelques pièces tombent, les musiciens sont rarement payés, à peine plus souvent que les poètes, comment font-ils pour vivre? comment faisons-nous pour vivre ? comment fais-je pour vivre ? POLITIQUE! j’écoute la musique, je rêve, le rêve est-il politique ? je pense à tous ces lieux de vie collective où j’ai séjourné, Paris, Rotterdam, New-York, j’imagine que ce café en est un autre, j’imagine des chambres dans les étages, nous sommes les occupants, nous sommes les habitants, nous nous organisons, chacun fait ce qu’il aime faire, est-ce si facile ? j’imagine que notre petite communauté s’étend, j’imagine un réseau de lieux dans la ville, bars, bibliothèques, cafés, salles de concert, hors de la ville aussi, des fermes, non ça ne marche pas, il faut des règles, des responsables, POLITIQUE ! tout recommence, le manège tourne à nouveau, communauté humaine, tribu des animaux à grosses têtes, des animaux penseurs, des animaux intelligents, intelligents ?

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Friday night, very few people eating, drinking, talking, in the café at 9 pm, I found a place today on the golden sofa but once seated the cushions look brown, on the tiny stage a four people band, one girl, three guys, rehearsing, tuning their two guitars, accoustic and electric, electric bass, a sort of drum box, I don’t know how they call it, the drummer sits on it and plays bare handed like he has the whole drum kit, je fais une recherche sur le web, je découvre le nom de l’instrument : cajon, « instrument symbolique de la communauté noire péruvienne qu’on trouve également à Cuba et en Espagne dans la musique Flamenco », j’en sais un peu plus merci wikipedia est-ce que ça aide d’en savoir un peu plus ? le savoir, POLITIQUE! je sais que je sais, mais non, je sais que je ne sais pas, je DIS que je ne sais pas, je dis CE que je ne sais pas, est-ce cela, la poésie ? j’exerce le pouvoir des mots, la puissance des mots, je m’exerce, les vagues musicales déferlent puis se retirent, le lieu entre en résonance, l’air continue de vibrer quelques secondes dans le silence, I like this emptiness, this family sort of feeling, not family exactly, it reminds me of the evenings with my buddies in the old chalet when I was 18, we went there from Paris for climbing in summertime, for skying in wintertime, the first snow was falling on the town this afternoon, then melted, the winter is coming very soon now and maybe our small community here in the café can feel it, un garçon se place à une petite table près de l’entrée avec une boite en métal, il demande aux nouveaux arrivants cinq pièces pour la musique, certains font demi-tour, certains discutent, quelques-uns, très peu, payent et entrent, POLITIQUE! toute économie est politique, les échanges fondent la communauté, et toute politique est économique, la vie ensemble est faite d’échanges, je suis assis à un bout du long sofa, la fille assise à la table à côté se lève et vient s’assoir à l’autre bout, je la regarde lire, j’hésite à lui parler, j’ai un peu froid, je ne suis pas certain que cette salle soit chauffée, je pense à l’expression chauffer la salle, je me demande si le seul chauffage est la musique, trop peu nombreux nous luttons contre le ralentissement des particules, les particules en nous ralentissent, le réglage des amplis est terminé, la chanteuse du groupe est assise, tendue, à une table près de la scène, est-ce son premier concert public ? une fille blonde passe ses mains autour de son visage, à une certaine distance, puis autour de son cou, l’air concentré, passes magnétiques ? au contraire j’aime toucher, être touché, tes mains sur ma tête, sur mon corps, je suis un singe, les singes aussi ont des règles strictes, comment regarder, ne pas regarder, montrer les dents, les cacher avec les lèvres pour le jeu, sociétés de singes, POLITIQUES! nous les singes à grosses têtes, un jeune couple hésite, passe la porte, discute avec le garçon qui tient la caisse, ils parlent d’abord en français, sorry? ils passent à l’anglais, if it sounds good we will come back they say, they return to the other room, I follow them, I buy myself a tea-pot and a cake, I pull a chair close to the sofa, I place the cup and the plate on it, I feel ok, I feel confident, I feel generous, I make a sign to the guy with the metal box, how much for the music? it’s five, thank’s, deciding to pay when nobody ask is something special, it’s like I’m part of it now, not a consumer, but a member, a donator, j’écris, j’écris sur un bloc de papier trouvé chez Hajime, je loge chez Hajime depuis qu’il est retourné au Japon, je pioche au hasard dans sa bibliothèque, je lis Thoreau, je lis Gibson, je lis tout Gibson dans le désordre, j’ai l’idée que ça peut m’aider à réfléchir, comme les polars m’aident parfois, me stimulent l’esprit, ça marche un moment, je parcours Foucault sur Roussel, je parcours Klossowski sur Nietszche, je parcours Kojeve sur Hegel, je feuillette les mangas, j’utilise ses blocs de papier l’un après l’autre, j’écris au stylo cette fois-ci, je n’arrive à rien avec mon laptop, je ne sais pas pourquoi ça ne marche pas, peut-être parce que je suis tenté de corriger, de revenir en arrière, peut-être parce que je me concentre sur le clavier, pour ce texte j’ai besoin de quelque chose à regarder, à décrire, à penser, j’écris au stylo dans la pénombre et ma main glisse rapidement, j’arrive à peine à me relire lorsque j’ai perdu le fil, je pense à Walser qui écrivait au crayon, l’art du cryptage : un choix POLITIQUE ? un choix poétique ? un geste qui rappelle celui de Sade interné à la Bastille, écrivant en cachette sur du papier-cul, volonté de puissance chez Sade, renoncement chez Walser, écrire pour survivre ? pour se survivre ? ou bien renoncer à l’écriture pour sauver sa peau ? language is POLITICAL! the basis of being together, parler ensemble, les idées aussi bien que les sons, les mimiques, les regards échangés, le langage, les sous-langages, communautés basées sur la langue, sur un accent, un vocabulaire spécifique, j’aime ici la façon dont les gens basculent d’une langue dans l’autre en fonction des circonstances, je parle une troisième langue le français de France et ça me plait, je me suis habitué après un temps à cette idée, je considère ce fait comme une revendication POLITIQUE, je suis un étranger, je parle presque la même langue pourtant je suis un étranger, j’aime être un étranger, c’est ma position préférée dans la cité, j’aime qu’il y ait du désir, ça ne me gêne pas qu’il y ait de la défiance, je pense à ces mots d’Émilie, elle parle à mon amie autrichienne, j’aime bien ton accent allemand… pas comme l’accent français, l’accent pointu que je déteste, je pense à mes nouvelles connaissances, message reçu de Daniel tout à l’heure : je pars de Montréal, je vais suivre le vent, j’ai checké le lien, sur la page d’accueil une courte video, une ligne pointillée dans le ciel, puis un réseau complexe de lignes, fade in de la bande son, cri des oiseaux migrateurs, les oies du Canada

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les mêmes qui passaient au printemps au-dessus de ma maison de Sologne, parfois, à la tombée de la nuit, une dizaine se posaient sur l’étang, formation impeccable, militaire, onde sonore lorsqu’elles touchent l’eau ensemble, qui me touche moi au plexus solaire, émerveillement d’enfant qu’elles aient choisi de faire étape devant ma porte, I scroll down and I find this about Daniel’s project, « a 30 day journey, trailing winds and pursuing human encounters… the artist is interested in the influence that these airy movements have over people, nature, cities and geography… » POLITICS! matter of fact this project is a political project, it questions our way of living, our way of doing, and more specifically here our way of moving, the human migrations are more and more under control, and following the winds means to confront oneself with many rules, many frontiers, « they will follow the winds on board the Blue Rider, a venerable Ford Ranger pick-up truck fitted with basic tools and accessories for observing the winds: a weathervane, a windsock and a pinwheel », je checke la traduction sur google, une girouette, une manche à vent, comme on dit par ici, qu’est-ce que le pinwheel ? un gyromètre ? le même artiste avait suivi la migration des papillons monarques jusqu’au Mexique, je google monarque + mexique, photos d’un sous-bois vibrant de milliers de petites taches floues, j’apprends qu’un certain Fred Urquhart a traqué les monarques pendant quarante ans: mise au point d’une bague destinée aux ailes des papillons, quinze ans, traçage de leur migration hivernale, vingt ans, découverte, enfin, millions de papillons qui hivernent dans des arbres, état du Michoacán

monarques

une belle histoire, une histoire édifiante, édifiante : qui porte à la vertu, à la piété, qui apporte un élément décisif d’information ou d’appréciation, édifiante oui, mais ensuite ? que devient un chercheur privé de sa quête ? dans le bouquin de Gibson que je lis les parents anglais de l’héroïne passent leur hiver à Puerto Vallarta, comme des milliers de retraités, une autre migration, migration post-coloniale, POLITIQUE! je tente d’élever ma pensée au-dessus de nos villes et de la laisser flotter dans l’air, que les papillons, matérialisation des vents, rendent visible, les migrations animales sont-elles POLITIQUES ? les mesures prises par le gouvernement mexicain pour protéger la zone de reproduction des monarques le prouvent, sur scène le groupe commence à jouer, un peu crispé, il sonne moins bien que pendant la répète, j’ai toujours aimé les répètes, j’aime ce qui n’est pas achevé, l’ouvert, l’imparfait, j’aime quand tout est encore possible, j’aime pourtant achever un texte, le considérer tout à coup de l’extérieur comme un objet, avec ses imperfections, avec sa perfection imparfaite, la salle se remplit peu à peu, la musique hésite entre pop et country, agréable mais conventionnelle, un peu trop sage, mesurée, sous influence, c’est tellement facile et tellement difficile d’assumer ses défauts, d’en faire sa signature, la liberté est la chose la plus difficile au monde, pourquoi ? peut-être parce qu’on s’en fait une fausse idée, parce que la liberté est toujours sur le fil, quelque part entre pas assez et trop, exigence et laisser-aller, un truc si fragile, et qu’il est presque impossible de conserver sans tricher, peut-être parce que la liberté ultime est de n’en avoir aucune, de comprendre qu’on n’a finalement aucune marge de manoeuvre, aucun choix, qu’on ne peut faire que ce qu’on est capable de faire, ce qu’on a le désir de faire, Prince, très peu de chose en somme, mais toujours bien assez, la liberté est un principe d’économie, la liberté est-elle POLITIQUE ? la réponse n’est pas simple, la liberté du peuple est politique, mais l’idée d’un peuple libre contient une contradiction logique, un peuple ? libre ? de quoi ? si un peuple est justement l’ensemble de ceux qui peuplent par exclusion de la structure du pouvoir, alors la liberté du peuple est une pure forme rhétorique, la liberté individuelle est-elle politique ? ou bien est-elle justement ce qui échappe au politique ? une cité constituée d’individus libres est-elle encore une cité ? la salle est pleine maintenant il fait un peu plus chaud, notre petite communauté se rassemble autour de la musique, se recueille.

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Lundi après-midi, quelques jours après Noël, le café est fermé, je reste un moment devant la porte, indécis, j’aime cette période, indécise elle aussi, incertaine, cette zone temporelle indéterminée, plus vraiment la vieille année, pas encore la nouvelle, je marche dans les rues, j’escalade les congères énormes, je contourne les voitures perchées en déséquilibre sur des blocs de glace, les rues de ce quartier n’ont pas été déneigées depuis la dernière tempête, pourquoi ? est-ce une question de richesse ? ou d’organisation? POLITIQUE ! je pars à la recherche d’un autre lieu, je me souviens du dépanneur café, n’importe qui peut venir y jouer de la musique ou chanter, c’est parfois drôle, parfois émouvant, parfois triste, je trouve le café ouvert, accueilli par une fille ronde et de bonne humeur je m’installe dans un fauteuil profond, ambiance calme et douce d’après fête, j’ai envie de creuser la question, qu’est-ce que la POLITIQUE ? qu’est-ce qui est POLITIQUE ? notre façon de vivre ensemble? ou sa perpétuelle réinvention ? est-ce le mouvement qui est politique ? est-ce la tension entre les contraintes collectives et les aspirations individuelles ? quelles aspirations? quels sont nos désirs? que pouvons-nous encore espérer? que pouvons-nous encore imaginer ? deux jeunes femmes parlent en espagnol sur le sofa à ma gauche, une autre parle toute seule, je devine un visage sur l’écran de son laptop, elle est ailleurs, elle est ici et ailleurs, ubiquité, est-ce cela le POLITIQUE ? être ici et ailleurs ? se projeter ? en 1945 Sartre écrit « l’homme n’est rien d’autre que son projet, il n’existe que dans la mesure où il se réalise » je bute sur « dans la mesure où il se réalise », je n’ai jamais aimé l’expression « se réaliser », peut-être Sartre veut-il dire que je n’existe que si mon projet, c’est à dire moi en tant que projet, se réalise ? de toute façon je n’aime pas cette pensée, cette obligation de réussite ! que je refuse ! j’existe aussi dans l’échec, j’existe surtout dans l’inaboutissement, nous existons dans notre tentative, mais quelle tentative ? vers quoi pouvons-nous encore nous projeter ? le seul choix qui nous reste est-il de refuser de se projeter ? est-il de reprendre la question à la base ? de ne plus croire dans les utopies ? de ne plus croire dans un monde meilleur ? de ne plus jouer le jeu ? d’abandonner tout projet ? de rester sur place ? l’homme immobile au lieu de l’homme projeté, l’immobilité est-elle la seule posture politique ? le seul mouvement est-il de ne plus bouger ?

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Tuesday night, quiet after-party atmosphere, this time I’m part of the gang, I meet Daniel at the bar, I settle on my preferred sofa, Emilie is on stage with her cello, surrounded by two guys, a tuba and a trumpet, tuba squeaking, trumpet squealing, tuba creaking, trumpet wooshing, I close my eyes, the old boat pulling on its moorings, I can hear the seagulls, I can hear the wind, I can hear the waves blasting on the beach, I open my eyes, I focus on the colored mats on the green wall behind the stage, papers folded and scissored as we did in school for mother’s day, now I think about my mother, I fell out with her a few years ago, I know she will die soon now, what to do with my guiltiness? POLITICS! family is a political matter, family the basic structure of the society, deux garçons barbus entrent et s’installent à coté de moi sur le sofa, le plus proche porte une chemise rouge à carreaux de bucheron, ils sortent après le second morceau, Émilie asticote vicieusement ses cordes, Gordon aka Ellwood Epps crache dans son instrument, Gabriel tripote ses pistons, je me laisse flotter sur le son, la musique est POLITIQUE, la pratique de l’improvisation est une pratique engagée, engagée, la littérature se vend comme des petits pains depuis quelques années, depuis l’affaire Tarnac exactement, littérature engagée, je n’aime pas le mot littérature, peut-être parce qu’il suppose un domaine littéraire, qu’il suppose des lettrés, des belles lettres, le langage appartient à tout le monde, mais à certains plus qu’aux autres, comme l’égalité, je n’admire pas les professionnels du langage, je n’admire pas les professionnels-tout-court, je n’aime pas plus le mot engagement, il rime trop bien avec régiment, avons-nous encore une cause à défendre ? ensemble ? une cause POLITIQUE ? quelle cause ? et qui sommes-nous pour la défendre ? commencer par soi-même, ne jamais se battre pour les autres, à la place des autres, ne pas les priver de leurs propres combats, de leurs propres renoncements au combat, la meilleure cause est la plus proche, en faisant de la politique un domaine séparé de pensée les démocraties modernes prédisposent au totalitarisme, écrit Godard, les artistes, les poètes sont seuls, ils le savent, et peut-être que cela vaut mieux, seuls avec leur bonne ou mauvaise conscience, j’ai ma conscience contre moi écrit Dominique Fourcade, écrit Charles Pennequin, je ne veux pas changer le monde, je ne veux pas faire la révolution, pas même copernicienne ! surtout pas copernicienne ! le monde je l’habite, j’y occupe ma place, j’en suis le centre, où serais-je sinon ? un monde de sujets et non un monde d’objets, je dis JE, minuscule tremblement de terre, minuscule révolution de la conscience, saut périlleux plutôt que révolution, là se limite mon action POLITIQUE, mon INACTION plutôt… j’écoute, je n’écoute plus, je flotte, c’est la débâcle, chocs sourds des blocs de glace, je dérive lentement les yeux au ciel, je découvre les deux ventilateurs coloniaux suspendus au plafond, je suis le réseau bordélique de câbles jusqu’aux speakers, je baisse les yeux sur les fenêtres embuées, le vieux plancher, j’entends le chant des baleines, je rêve, devant moi une fille refait sa coiffure, bras levés autour de sa tête elle rattache ses longs cheveux blonds, dans le mouvement ses seins se gonflent sous son pull, le geste le plus féminin, violemment érotique, elle le sait, je pense à l’idée de Hegel, l’homme n’est homme qu’à travers son désir pour le désir, POLITIQUE! il veut que l’autre le désire, il ne désire de l’autre que son désir, ce désir qu’a l’autre de lui en fait son esclave, faire la révolution serait revenir à un stade antérieur à l’homme ? ou bien parvenir à un stade postérieur ? animal ? ou homme-machine ? de l’animal à la machine et retour, révolution engagée depuis longtemps, si le devenir-machine est le propre de l’humain, le redevenir animal en est le sale, ou bien le contraire ? je lève les yeux, devant moi Émilie bien campée les mains sur les hanches, le concert est fini, je laisse passer les musiciens qui sortent de la salle, j’écris sur mon bloc-note, je sens le froid qui monte le long de mes jambes, je me retrouve seul, je prononce pour moi-même avec tendresse POLITIC

lauren-bacall

je pousse le mot doucement entre mes lèvres pour en sentir la consistance, you know how to whistle, don’t you, Steve? you just put your lips together and blow, j’approche mes lèvres puis les entrouve en soufflant doucement le PO comme une bulle, je forme le LI en claquant le bout de la langue, je crachotte le TIC entre la langue et le palais comme on se débarasse d’un pépin, j’oublie le sens, je me concentre sur le son,
P O L I T I C
PO E TIC
P O E ZI
PO ET

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