Enquête sur le silence des écoles d’art ! avec de nombreuses interventions d’artistes Ilazki – Nicolas G – Guillaume Poulain – Isabelle – Jean-Paul – Hendrick – Jérome Mauche – Vivien – Laurent etc

FACE À CETTE RÉVOLUTION ET À SA RÉPRESSION MILITAIRE – FACE À CETTE FÊTE INSTABLE – LE SILENCE DES ÉCOLES D’ART EST ASSOURDISSANT – CRIANT – HURLANT!  ON SE POSE LA QUESTION : POURQUOI CETTE INDIFFÉRENCE ? CETTE DESOLIDARISATION DES MOUVEMENTS SOCIAUX ? CHOIX DU CAMP CAPITALISTE ET LOGIQUE DU MARCHÉ ? SOUMISSION TOTALE AUX COLLECTIVITÉS PAR PEUR DE DISPARAITRE À LA MOINDRE CONTESTATION ? CULTE DE LA SÉLECTION ET DE L’INDIVIDUALISME ?

1er juin :

une nouvelle magnifique initiative parmi beaucoup d’autres et tandis que l’EHESS continue à être un magnifique lieu de croisements et de vie intense = https://www.facebook.com/events/713305458839685/    

‘A celles et ceux qui se préoccupent de rendre de la conscience à leur vie, qui n’en peuvent plus depuis 30 ans des réformes mortifères, de la compétition à outrance comme idéologie, seule créatrice de richesse, de la destruction de la culture, du rabougrissement des savoirs, nous lançons un appel à bâtir les nouvelles universités que l’État refuse de créer ! C’est à Vincennes, ce samedi 2 juin 2018 à 17h (Lac Daumesnil), que nous poserons la première pierre de l’Université en refondation et appellerons à lancer autant de chantiers que nécessaire partout en France – – – –  – – Tant il est vrai que – créer, c’est résister, et résister, créer – !

Pour signer cet appel, rendez vous sur http://nosfacsnoschantiers.org

17 mai

17 mai :

suite de l’enquête sur le silence des écoles d’art (et par conséquent celui du milieu de l’art contemporain) –  alors qu’une nouvelle vague d’expulsions de grande ampleur (1700 CRS – Chiens – Grenades – Blindés – hélicoptère -Drones etc. ) est en cours aujourd’hui sur la zad pour poursuivre l’œuvre de DESTRUCTION – 29 lieux détruits dans la première vague dont des fermes agricoles plus un autre pendant la « trêve » – et aujourd’hui ?  à 14 heures la chateigne est encerclée par les GM bien qu’ayant déposé une ‘fiche’ auprès de la préfecturedépot d’un dossier le lundi examen par le ministre le lundi suivant = refus de ce dossier et envoi de l’armée le jeudi !! ON EST OÙ LA ?—- tandis que les cheminots se battent pour nous tous sachant que si leur statut saute ce sera ensuite le tour de celui de la RATP (déjà en gréve) puis des autres fonctionnaires ! tandis que les étudiants se battent seuls face au CRS et aux bandes fascistes qui envahissent leurs facs – en MAI 68 ils avaient été soutenus par TOUS – la commémoration arty et festive de MAI 68 par le milieu de l’art est OBSCÉNE ! 

APPEL À MANIFESTER VOTRE SOUTIEN PAR TOUS LES MOYENS !

Le 23 avril (début de l’enquête) : J’écris sur le FB du groupe ART DEBOUT :

ENQUÊTE : que se passent-ils dans les écoles d’ art ? Quand toutes les facs sont bloquées ? Déjà en 2016 aucun signe — et maintenant ?  J’ ai interrogé une seule enseignante – par SMS pour le moment – qui m’ a répondu : je trouve débile les revendications des étudiants je ne vais pas encourager mes étudiants à suivre !!!!
WAOU Ça m’ a estomaqué !!! J’ ai mis 3 jours à m’ en remettre — C’ est largement PIRE que ce que je pouvais penser !!! Donc je propose qu’ on interroge nos amis artistes – enseignants – les étudiants etc – Qu’ en pensez vous ?

Et donc le même jour j’envoie ce SMS à quelques personnes :

Enquête – en Quête —-
Hello! Alors que ça bouge beaucoup du côté des universités pourquoi ne se passe-t-il rien dans les écoles d’art ? (Qui déjà étaient absentes du mouvement social de 2016 )? Merci de me répondre par simple SMS ou mall – Bises – NG  – Ps – j aimerais publier les réponses sur ce blog https://artdeboutblog.wordpress.com Merci de préciser si tu préfères rester anonyme ou si je peux mettre ton prénom et/ou ton nom – et/ ou le lieu de l’école.

Je publie les réponses que j’ai reçues (en ordre anti-chronologique), en alternance avec des prises de position ou occupations à l’université :

MIRAIL-EXPULSION

15 mai :

Depuis une semaine LA RÉVOLUTION SE RADICALISE dans les FACS OCCUPÉES partout en France ! Les étudiants décidant de SABOTER leurs propres partiels c’est à dire de prendre le risque de compromettre leur avenir car on assiste à une RÉPRESSION folle – Les CRS intervenant ultra violemment à coups de matraques et grenades et cela à la demande des directions de chaque fac !!- Guillhem un étudiant Blessé gravement à Toulouse par une grenade lors de l’expulsion du Mirail – d’autres à Grenoble -d’autres à Nantes et Rennes – d’autres à Arcueil lors du dernier blocage de partiels – Certains sont poursuivis pour Dégradations ou autres – Tout est bon pour réprimer et empêcher les Gréves pourtant Légitimes = nombreux PROCÉS dans les prochains mois etc – On trouve d’innombrables videos sur les réseaux sociaux de Batailles avec les CRS – de Coups de Matraques – Gazage – BLOCAGE  -sans compter des bandes de Fachistes -barres de fer en main -qui tentent aussi de DÉBLOQUER les facs !!

Les revendications sont très larges comme on peut le voir sur ce document de L’Ehess ci-dessous (voir groupe facebook la Brêche-Ehess) . A l’Ehess Il y a eu vendredi dernier, par ex, une super fête de soutien aux ‘GAVÉS du 1er mai’  (200 personnes arrêtées au hasard pour les ‘QUOTAS’ (La Police elle-même l’a déclaré à certains prévenus).  Il faut satisfaire le bon Français qui adore MAI 68 mais déteste qu’un Macdo soit cassé – Cette Fête pour soutenir les frais des prochains procés . 

15 mai :

J’écris sur le FaceBook de Art Debout à propos de l’affaire du Théatre de L’Odeon raconté ici:    https://lundi.am/TARTUFFES-A-L-ODEON     On en trouve de nombreux récits plus ou moins justificatifs des artistes invités qui ont eu plus ou moins de présence d’esprit en voyant les étudiants se faire GAZER et agresser  : Ceux qui sont sortis tout de suite pour les rejoindre – Ceux qui sont restés !! – Ceux qui ont quand même fait leurs interventions avant de sortir – – —On pourrait aussi parler des nombreuses performances et expositions sur Mai 68 par exemple aux Beaux-Arts de Paris que nous somme plusieurs à Boycotter !! Car en 2016 après seulement deux jours d’une Ooccupation tranquille La Direction a appelé rien moins que la BAC – 150 Bacqueux – à 6 h du mat pour expulser une cinquantaine de personnes !! Voilà sa seule participation aux Mouvements Sociaux!  Alors que le mouvement Étudiant se radicalise et fait face à une Répression monstrueuse le Silence des écoles d art continue ! Occuppés à des commémorations arty de Mai 68 ? Comme à Beaubourg avec l’expo « Mai 68 – Assemblée Générale » ?

Blocage-arcueil

6 mai Vivien me répond par mail :

La problématique est aussi complexe que le fait qu’elle puisse produire un silence….

Les écoles d’arts sont encloses dans des modalités économiques et des schémas logiques qui sont en partie la raison d’une désaffection de la parole politique, autant que la valorisation d’une prise de parole personnel et affirmative, pas loin du porte étendard et auto-promotionnel… La difficulté est la complexité du monde contemporain qui ne laisse pas beaucoup de place au alternatives et modalités Aliennes (comme en dirait d’autres) tant par son maillage et ses effets de domino que par le j’en-foutisme rampant et l’opportunisme. Bref, que tu la fermes ou tu la ramènes, le résultat n’est pas très glorieux.

Après chacun est libre de se battre pour ses croyances (ou croix), mais la question en elle-même nie la débandade intellectuel des 20 dernières années qui nous pousse après les post-trucmuches et bidules à l’absolutisme relatif. J’expérimente depuis plusieurs années le fait d’avoir refuser de faire de l’art et d’être artiste dans ces modalités et j’en suis baisé par mon exclusion des lieux d’échanges et pratiques tenus par des spécialistes reconnus. J’expérimente depuis plusieurs années l’engagement social et politique en quelque sorte de l’insertion sociale, et tout le monde s’en fou car la reconnaissance est prioritairement économique. Bref, qu’on la ramène ou pas, le combat est structurel et tout le monde participe a cette mascarade des légitimités.

Faites vous plaisir, il fait beau. Allez boire des bières sous le soleil, avec un peu de chance vous finirez Derviches. kiss kiss

5 mai Nicolas G me répond par mail :

En réponse à ta question sur le silence des écoles d’art :

Il y a en France cette distinction entre école superieure et facultés. Les facultés étant en général considérées comme moins glorieuses et pourvoyeuses d’emplois. Même si on ne peut pas dire que le parcours de l’étudiant en écoles d’art soit toujours glorieux, elles ont néanmoins ce statut très particulier d’école m. Tout le monde le sait entre une fac d’arts plastiques et une école d’art il n’y a pas photo (ahah), les gens qui font la fac ne sont pas vus de la même manière que ceux qui font une école d’art. Cette situation crée une sorte d’image de privilégié pour les étudiants en école d’art qui sont déjà artistes d’une certaine manière et pas vraiment  des étudiants. Et la sélection participe à garantir ce statut de privilégié de l’étudiant en école d’art. Je ne sais pas si c’est encore le cas, mais pendant longtemps les beaux arts de Paris et les arts décos dépendaient du ministère de la culture et non de l’éducation nationale avec cette même position d’exception et de supériorité de grandes écoles. 
À l’inverse une bonne raison d’occuper les écoles d’art serait de leur demander d’accepter tous les étudiants qui souhaitent venir apprendre l’art au sein de leurs murs. Il y a d’ailleurs un précédent historique à cette action, c’est Joseph Beuys accueillant dans son atelier tous les étudiants qui le voulaient. Bonne soirée également
Beuys-nicolas
Photo envoyé par Nicolas G – avec ces mots : D’après ce que j’ai compris, il y a en réalité une dizaine d’ étudiants (sur un total plus important) qui ont accepté l’invitation de Beuys, à venir dans son atelier sans sélection. Je crois qu’ils ont occupé le bureau du directeur pour obtenir cela. Par contre pas de photos, à part celle-ci complètement mythologique, mais marrante quand même -il a le smile Beuys !
Merci Nicolas ! La référence à Josef Beuys est super bien – puisque les CRS – les forces de l’ ORDRE ont du intervenir dans son atelier des BA et il a étè viré ! or le BORDEL LA VIE venaient du fait qu’il acceptait tout le monde dans son atelier = NO SELECTION !-On retombe donc en plein dans le sujet !- Il a eu un procés -il me semble- il a fait Appel et a pu garder son atelier finalement mais sans le droit d’ enseigner -du coup il a fait de son Atelier un lieu de RV entre autres des Verts ! ART_POLITIQUE !  
BEUYS- sAVE THE WOODS - 1972
BEUYS – SAVE THE WOODS –
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4 mai Isabelle me répond par SMS :

Pourquoi le silence des écoles d art quand toutes les facs sont occupées?

Je pense qu’en premier lieu cela vient du fait que les étudiants en art sont, déjà même au moment de tenter leur concours pour rentrer en école d’art, dans une logique très différente de celle des étudiants qui postulent en facs.
Postuler dans une école d’art, c’est déjà avoir 9 chances sur 10 d être refoulé et même si tu es admis tu sais pertinemment que la voie dans laquelle tu t’avances ne débouchera, qu’à de rares exceptions faites, sur rien d’autre qu’un diplôme inutile.

Parce que ce qui est vrai, c’est que pour un étudiant en art qui réussira à intégrer sa pratique artistique à sa vie professionnelle (hors cursus en arts appliqués sûrement) à la sortie de son cursus, il y en a 100 autres qui n’accéderont qu’à des professions vraiment éloignés du sacro saint statut d’artiste.

Le statut d’artiste demande tellement d’accepter d’entretenir un enchevêtrement complexe de questionnement philosophiques, politiques, introspectifs, souvent confrontés en plus à une tendance à l’égotisme, que forcément l’étudiant en école d’art est souvent découragé et se rabat sur un autre créneau pendant ou après son cursus.

L’étudiant en fac, je l’imagine (peut être à tord) un peu plus serein sur son choix de cursus. Après tout, il choisit une filière, et d années en années affine ses connaissances et peut se rassurer en sachant qu’au mieux il terminera ses études avec un master lui ouvrant la voix vers des professions qu’il aura choisi en amont, et au pire pourra changer en cours de route de filière voisines ou éloignés de son choix de départ. En quelques sorte il a un filet de sécurité.

Soyons honnêtes, le choix de devenir artiste est un bond vers l’inconnu les yeux grand ouverts sur le monde et l’esprit en alerte, les sens aiguisés…mais peu réussissent à faire entrer la lumière.

L’école d’art est peut être en silence parce que les étudiants qui y sont, ont déjà choisi de résister

À moins que l’école d’art ne soit en silence aussi parce qu’ elle a muté progressivement. Et que de laboratoire de recherche en nouvelles normes esthétiques dont elle avait la mission, elle est devenue l’élevage intensif des nouveaux chevaux de courses rentables de l’art contemporain de demain.

L’art a cette tendance à échapper à ceux qui veulent s’en saisir, il y arrive si bien que là où il était respecté et où sa flamme était visible, dans les petites écoles par exemple, il ne collait tellement plus avec le climat politique, qu’ils ont fini par le faire s’envoler. Et les écoles fermées.
D’une certaine manière, cette recherche de liberté et d’émancipation on la voit germer par ci par là, et peut-être aussi qui sait, chuchoter à l’oreille des jeunes étudiants qui se mobilisent dans les universités. La bise!

ENS-3MAI copie

2 mai = Tentative d’occupation de l’ENS après un colloque SAUVAGE avec AGAMBEN LORDON, etc —L’occupation dure 24 h et se termine par un ULTIMATUM de la direction et Les CRS aux portes de l’école + Quartier Latin bouclé par des CRS armés de mitrailleuses  – Tandis que l’occupation à Paris se termine , une Occupation de L’ENS à Lyon commence – – – https://www.facebook.com/Les-occupantes-delENS-163075621029055/

Pendant ce temps – L’EHESS grace à l’appui de la Direction continue à être occupé malgré les CRS à ses portes (Ils ont même tabassé un enseignant qui sortait – ) – (Pour s’informer : groupe FB de La brêche )

EHESS_3maiAG

Pendant ce temps à Paris 8 le 3 Mai

Via Nicolas Flesh – Via Elsa Dorlin :
MOTION DE l’AG DES PERSONNELS DE L’UNIVERSITE PARIS 8 REUNIE LE 3 MAI 2018
Nous, personnels BIATOSS et enseignant-e-s de l’Université Paris 8, réuni-e-s le 3 mai 2018 en assemblée générale, nous prononçons contre la loi ORE, contre la casse des universités et celle du service public en général. Cette loi participe d’une attaque de nos conditions de travail et d’exercice, dans la continuité des lois LRU1 LRU2, Fioraso et du processus de Bologne, lesquels imposent une vision néo-libérale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cette nouvelle loi ne répond absolument pas aux besoins criants que nous avons : la sélection ne résoudra pas le problème de la gestion de l’augmentation des effectifs étudiant-e-s (environ 300 000 supplémentaires ces 5 dernières années) avec toujours moins de postes et moins de moyens.
En conséquence, l’AG a voté les points suivants :
– Nous nous sommes prononcé-e-s à l’unanimité pour le retrait de la loi ORE et pour la construction de 300 000 nouvelles places pour l’accueil des étudiant-e-s dans l’enseignement supérieur, impliquant la construction de bâtiments et le recrutement de personnels titulaires.
– Nous appelons la Présidence et les instances de l’Université à prendre position publiquement pour le retrait de cette loi (vote à l’unanimité).
– Nous avons voté la création d’une commission visant à mettre en œuvre tous les moyens pour bloquer la mise en application de la loi ORE au niveau local (vote à l’unanimité).
– Nous soutenons le combat des étudiant-e-s et nous nous prononçons contre toute intervention policière, en particulier sur le campus de Paris 8 (vote à l’unanimité moins 4 absentions). Nous appelons à tout mettre en œuvre afin de ne pas pénaliser les étudiant-e-s pendant la mobilisation (vote à l’unanimité moins 3 abstentions).
– Les conditions actuelles d’exercice étant déjà insupportables, nous nous prononçons contre le report des recrutements au second semestre tel qu’annoncé par la Présidence (vote à l’unanimité).
– Nous exigeons des moyens financiers, humains et matériels pour avoir des conditions de travail correctes dans notre Université afin de mener à bien notre mission de service public : réfection des toitures, sanitaires, fissures, fenêtres, désamiantage, achat de matériels pédagogiques, embauche de personnels titulaires, etc. (vote à l’unanimité).
– L’assemblée a voté à la majorité la grève des activités pédagogiques et administratives, et ce jusqu’à la prochaine assemblée générale qui aura lieu le mercredi 9 mai à 10h (56% pour, 30% abstention, 14% contre). Cela signifie que nous ne faisons pas cours, nous ne ferons pas les évaluations, ne rentrerons pas les notes et ne préparerons pas la rentrée. Cependant, la transmission du savoir continue sous des formes alternatives et tout sera mis en place pour ne pas pénaliser les étudiant-e-s.
NOUS POSONS DÈS AUJOURD’HUI UN ULTIMATUM ET APPELONS LES AUTRES UNIVERSITÉS À NOUS REJOINDRE : SI LA LOI ORE N’EST PAS RETIRÉE, NOUS AVONS DECIDÉ COLLECTIVEMENT DE NE PAS ASSURER LA RENTRÉE 2018-2019.
Le 22 mai, jour national de grève de la fonction publique et des premiers résultats de Parcoursup, nous appelons à un rassemblement de tout l’ESR pour poser la première pierre des futures universités à construire – le lieu reste à définir (le bois de Vincennes a symboliquement été proposé).
DATES des prochaines AG :
– mercredi 9 mai 10 h, RDV en bas des escalators du bâtiment A
– mardi 15 mai 10h, RDV en bas des escalators du bâtiment A
Nous appelons tous les personnels de Paris 8 à venir aux Assemblées générales !

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3 mai

UNE LETTRE MAGNIFIQUE DE ALEXIS BLANCHET – MAITRE DE CONFÉRENCE DE CENSIER – CENSIER ÉVACUÉ PAR LES CRS (COMME QUASI TOUTES LES FACS PENDANT LA NUIT et ULTRA VIOLEMMENT)

(noter que les CRS n’interviennent que si la Direction de la Fac le leur demande – Ils ne peuvent intervenir sans l accord de la Direction et ça passe par la Préfecture — L EHESS a refusé bien que les CRS étaient devant l’école et ont tabassé un enseignant qui en sortait !!)

CENSIER

Monsieur le Président,
Monsieur le Président du Conseil Académique, cher Laurent,
Madame la Vice-Présidente à la CFVU, chère Sandrine
Cher Jamil, chère Kira,
Cher Laurent, chère Barbara,
Chers et chères collègues du département CAV,

A la suite de l’intervention policière de cette nuit sur le site de Censier de l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, je me déclare en grève administrative et pédagogique illimitée.

Je n’assure donc plus dès à présent mes charges administratives (direction du master CAV) et pédagogiques (organisation du partiel de 257 inscrits en V4MA03 et suivi des 14 étudiants de master sous direction, organisation des sessions de rattrapage). Je me concentre dès lors sur mes activités de recherche totalement interrompues depuis 4 ans, c’est-à-dire depuis ma prise de fonction à la tête du master CAV (cf. CV en ligne à jour).

A cet instant, je ne réponds ni aux mails, ni au téléphone, je n’organise pas la session de recrutement 2018-2019 en master CAV (eCandidat et Campus France), je n’organise pas le calendrier de soutenance des M2 (1ère session) et M1 (session unique), j’arrête la poursuite du travail sur les maquettes 2019-2023, je ne convoque pas le conseil de perfectionnement 2018, je ne convoque pas les jurys d’examen de master dont j’assure la présidence, je ne communique pas à l’école doctorale le classement des étudiants de M2 en vue de l’obtention d’une allocation de recherche. Enfin, je ne participerai de quelque manière que ce soit à la sélection des étudiants de L1 pour la rentrée 2018-2019 dans notre département.

J’arrête car nous crevons de ne pas arrêter.

La loi ORE et le dispositif ParcourSup ont fini d’épuiser ma bonne volonté et ma conscience professionnelle. L’intervention policière de cette nuit est le geste de trop. J’assiste depuis 14 ans maintenant (et depuis 21 ans si je compte mes années d’études universitaires) à une destruction programmée, lente mais résolue du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La question centrale, essentielle, est celle du projet d’université que nous voulons défendre.

Pour ma part, je ne veux plus

– voir mon temps d’enseignement et de recherche totalement submergé par des charges administratives toujours augmentées et étouffantes,

– devoir prendre sur mes semaines de vacances pour me libérer du vrai temps de recherche, dans la durée, entre le 1er et le 25 août,

– ne pas voir mes enfants grandir,

– voir notre secrétaire administrative du master, dont je salue le professionnalisme et le soucis constant du service aux usagers, suppléer l’absence de personnels au secrétariat de la L1/L2 et de la L3 CAV. Avec 320 étudiant•e•s inscrit•e•s en master CAV, la gestion des recrutements d’avril à septembre, la gestion des régularisations tout au long de l’année, la tâche qui lui incombe justifierait amplement un•e secrétaire adjoint•e,

– voir ma santé comme celle des collègues se dégrader : je n’ai jamais observé tant d’arrêts maladie, de burn-out, de surmenages, de nécessité à « lever le pied » que ces sept dernières années à Paris 3,

– travailler dans des lieux où la maintenance des équipements d’enseignement (vidéo projecteurs, micros) n’est pas assurée,

– perdre du temps et de l’énergie à combattre des projets coûteux et éloignés de nos éco-systèmes locaux à échelle humaine, comme celui de la fusion de triste mémoire,

– constater que nos expressions démocratiques (consultation des composantes, motions, motions votées en CAC ou CFVU, messages d’alerte de nos responsables de composantes…) ne sont jamais prises en compte par nos instances dirigeantes élues pourtant pour nous représenter,

J’arrête parce le système ne fonctionne que sur le souci profond du service public des agents que nous sommes toutes et tous, personnel administratif et enseignant.

Ma demande est donc simple, basique :

– une réaffirmation totale d’un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche,

– une refondation immédiate de l’université qui passe par un refinancement complet de ses structures à hauteur des enjeux,

– une réaffirmation des missions premières – les seules – des enseignants-chercheurs, et particulièrement des MCF : enseignement et recherche,

– une revalorisation de nos salaires passant par un dégel et une ré-évaluation du point d’indice.

J’arrête parce que je décide de ne plus participer en petit soldat zélé de la gestion administrative à cette mécanique mortifère de destruction d’un des plus beaux atouts de notre nation.

Respectueusement,

Maître de conférences (71e section du CNU)
Directeur du master Cinéma et Audiovisuel
Département Cinéma et Audiovisuel
Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel (Ircav)
Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
Centre Censier
13, rue de Santeuil – Bureau 213 – 75005 PARIS
Twitter : @AlexisBlanchet

2 mai, Je reçois une très jolie réponse de Guillaume Poulain :

‘regarde ce que je découvre à Tarbes ce matin ‘:

guillaume-tarbes-leger

Merci Guillaume ! GO ON ! (il est sacrément rigide ce Bâtiment !!) Ça manque d’orange de turquoise de ZAD !! ZAD PARTOUT !!
Je pense à L’INDIVIDUALISME évoqué par tous pour expliquer que ‘ça bouge pas côté écoles d’art’ — d’où sort-il ce fameux ‘INDIVIDUALISME’ qui rappelle les ‘FICHES INDIVIDUELLES DE LA PRÉFETE ‘ ? — L’individualisme ça s’inculque —
Comme me l ‘avait confié un étudiant de la Villa Arson en 2009 : ‘Ce qu’on nous apprend ici c’est qu’ un SEUL d’entre NOUS en sortira VIVANT – On nous monte les UNS CONTRE LES AUTRES !!
Je pense aussi à cette phrase de Ilazki : comment en est-on arriver là ? Car NON!  l’art n’est pas INDIVIDUALISTE en soi – les grands mouvements artistiques du 20eme sont TOUS COLLECTIFS !!
Je demande à Jean-Paul (qui connait bien l’histoire de l’art ) par SMS : Penses tu qu’en 68 les écoles d’art étaient vraiment impliquées finalement ?
Jean-Paul (surbooké) me répond par SMS : Oui, les écoles étaient impliquées particulièrement l’atelier populaire des Beaux-Arts de Paris ! Il me semble qu’il y a une émission France Culture – – –

23 avril, Jean-Paul me répond en 5 mn (par SMS) cette analyse très inspirée :

Si les écoles d’arts ne bougent plus à mon avis il y a plusieurs raisons:
– la première est qu’elles sont anesthésiées par la réforme de Bologne et par les lourdeurs des EPCC.
– la seconde c’est qu’elles sont devenues des machines à reproduire et augmenter le dispositif de l’économie libérale à travers l’idéologie du marché de l’art!
– La troisième c’est que directeurs et enseignants se sont réfugiés dans des ressentiments narcissiques et se piquent d’ironie quand ce n’est pas de cynisme.
– la quatrième c’est que les étudiants en arts ne développent aucune culture de transformations politiques… ils sont captifs de la névrose institutionnelle de leurs enseignants et directions !
– enfin l’exemple que leur montre les artistes reconnus et vendus comme modèles sont des petits fonctionnaires de l’ego et profondément opportunistes et cyniques …

Laurent hospitalisé (par mail)
Pour rapidement te répondre sur la passivité des écoles d’ art
1 – l’ individualisme des plasticiens
2 – le fait sans doute que ces établissements ne dépendent pas du même ministère
3 – le fait que depuis toujours il y a une sélection pour rentrer en écoles d’ art soit un concours

la start up nation deraille

EHESS AVRIL 2018 – Occupation suite à l’expulsion de la ZAD ! J’explique à plusieurs de mes amis artistes-enseignants qu’il ne s’agit pas du tout de la seule réforme -Sélection – mais d’une solidarité et d’une conscience des étudiants avec ce qui se passe sur la Zad ou avec les Cheminots etc !

Jérome Mauche me répond en poéte conscient (par mail)

tu me connais, parcellisé comme je suis (et conscient de cette conscience), je ne suis pas le mieux placé pour t’informer, néanmoins à ce que je sache, (du moins Villa Arson, Nice, semaine dernière : bilan de diplômabilité pour les étudiants en 3) aucun signe, mouvement. Sans doute des interrogations singulières et des isolats (en groupe) mais qui lors de ces moments rituels pédagogiques se retrouvent submergés par le désir (sympathique d’ailleurs de bien faire). Comme tu sais à Nice beaucoup de projets côté professoral/étudiant d’accueil migrants, peu d’intersection. Sinon une ambiance et désir de fuite très généralisé. Très présent aussi le refus quasi explicite d’acquisition des codes de l’art contemporain, mais est-ce vraiment une réaction politique ? Outre qu’elle s’évapore peut-être en route (plus sensible en années 1 et 2, en effet alors pas mal d’étudiants se sont rendus ces dernières semaines ici ou là), les processus de métaphorisation l’emportent fortement par la suite, et aboutissent surtout à une production/réflexe sur-le-champ au kilomètre (non j’exagère au demi-double centimètre de proposition artistique). D’accord, très bien ce refus quasi explicite d’acquérir à plus long terme les codes de l’art, mais à ce que je sache quand même (et depuis le temps que les écoles d’art existent), un autre monde alternatif de l’art n’émerge toujours pas, et la fascination à son tour fabrique un autre type de hors-champ et d’escarpisme sur-dopé. Ceux qui s’en vont s’en iront, ceux qui resteront filent. Tout le monde se croise 

ps : en recomptant, je remarque d’ailleurs avoir utilisé 3 fois le verbe savoir, 4 fois même en y incluant ce constat et encore je sais que je me suis retenu.

Un(e) étudiant(e) en première année aux BA :

Bonjour, Camille nous a transmis votre question à propos de l’absence des écoles d’art dans les luttes sociales.
Je me pose la même.
Voilà les impressions que j’ai réunies pour commencer à y répondre:
– Les étudiants ne se sentent pas concernés car ils sont déjà résignés à vivre dans la misère ou à se vendre.
– Le devoir de faire du neuf repousse les sujets politiques qui ont été exploités de manière très crue durant les décennies précédentes, entraînant un rejet et une neutralité revendiqués.
– les étudiants aux beaux-arts ne se sentent pas légitimes pour parler de sélection puisqu’ils ont joué le jeu de la sélection.
– la logique individualiste et concurrente est très forte en école d’art, mise en place par ce qui attend souvent un artiste sortant qui veut « faire carrière » et, combinées à une injonction de la part de certains professeurs de ne pas nous « éparpiller » en dehors de l’école, nous met la tête dans le guidon, nous empêchant de voir tout ce qui se passe autour. Il y a une forte demande de productivité, et un bon nombre d’étudiants viennent de prépas, ce qui les conditionne d’autant plus.
– Nous ne sommes pas en contact avec les étudiants en fac.
– Nous sommes trop peu pour être anonymes quoique nous fassions et avons peur des sanctions, explicites ou tacites ou même des étiquettes qui pourraient nous affecter.
– Nous n’avons pas d’endroit, en dehors des murs de l’école pour nous retrouver sans pression

Voilà, à ce stade, ce que je pense sur la question. Si vous avez d’autres éléments de réponse je serais ravi(e) de les recevoir.

Hendrick me répond par mail :

une première réponse, sans doute un peu trop simple, à ta question pourquoi les étudiants aux Bx-Arts ne manifestent pas:
la loi ORE et le système PARCOURSUP ne les concernent pas directement. Il y a depuis longtemps (toujours?) une sélection d’entrée, spécifique et pas du tout basé sur le bulletin scolaire.

exaltons nos sens - tolbiac

TOLBIAC = avril 2018 – La aussi une vision très large où on trouve des slogans poétiques – des soutiens à la Zad – des textes anarchistes – féministes – etc – Tolbiac a été un COEUR des LUTTES en se déclarant – COMMUNE LIBRE – expulsé très violemment à l’aube – et occupé actuellement par des CRS militaires etc – Fermé jusqu’à la Rentrée ! WAOU ! on est très très loin des écoles d’art la , non?

Ilazki me répond (par mail) en Artiste-Sorcière épanouie à Mexico :

C’est une très bonne question. Au moment où j’étais étudiante, les beaux-arts ne suivait pas les mouvements de grèves non plus.
Il n’y avait même pas de projet pensé en lien avec ce qui se passait. Car si les beaux-arts n’étaient pas bloqués, il aurait pu y avoir des performance pensées durant les manifs ou autre, mais non. Oui il y avait quelques un d’entre nous qui se mobilisaient à Paris par exemple pour des manifs, mais nous étions très peu et isolés. Rien à voir avec une mobilisation des beaux-arts.
Je ne crois pas que les beaux-arts soient mobilisés politiquement, comme la scène artistique française de façon générale. Comment en est-on arrivé là? C’est une très bonne question.
De mon coté, j’organise dans la galerie de l’ambassade française une sorte de table ronde pour poser la question de pourquoi, bien que l’art des femmes et féministes soient rentré dans les institutions, nous en sommes toujours en manif à demander les fondamentaux, et ça partout dans le monde (salaires égaux, sécurité, décision sur nos corps…) Comment se fait -il que les débats politiques et populaires lorsque ça touche des questions de relation homme femme soient toujours les même qu’il y a 50 ans, quand pourtant les théories et pratiques artistiques, les idéologies ont bien avancé? Quel est le rôle des institutions qui finalement se veulent agents de changements politiques? pourquoi est ce que les évènement feintes n’attirent qu’un publique averti? et pourquoi les avancées théorique et pratique féministes ne se diluent pas dans les sphères sociales et politiques et ne restent que dans la sphère dite intellectuel?
A côté, je monte un projet autour de l’orgasme anal masculin, pour parler de la pénétrabilité de corps masculin hétéro. Je veux savoir si c’est possible de réactiver une de mes vies antérieurs où j’ai été un homme. Un homme qui avait des pratiques de pénétration anal. Je veux savoir si je peux réactiver une expérience d’une vie antérieure. Donc je me mets en contact avec des gens qui ont des dons paranormaux. L’idée c’est de tout enregistrer et d’en faire un vidéo installation.
J’en ai marre que les mecs ne taff pas sur la construction de leur corps et leur identité
Du coup je le fais moi.

DESSIN-tolbiac.jpg

Magnifique dessin Banderolle de TOLBIAC

Fabrice me répond longuement sur son refus de signer l’appel et aussi sur L’enquête —je publie la partie sur l’enquête donc :

– – – Je repense aussi à l’un de tes derniers mails qui posait la question de l’engagement des étudiants en art sur la question des universités.
Il faut partir du principe que l’art est un univers individualiste et qui reproduit l’individualisme. Si tu ajoutes à cela le fait que les étudiants en art sont déjà selectionnés sur concours, que leur connaissance de la fac est très limitée, on voit très bien la raison technique qui limite une action inter-étudiante.
Mais le travail à réaliser n’est pas de renvoyer les étudiants à leurs manquements, mais bien plutôt de regarder parmi ces étudiants ceux qui sont solidaires – et il y en a de nombreux – de ce mouvement. Je pense par exemple au groupe des étudiants qui organisent les workshops inter-écoles, qui s’intéressent aux problèmes inhérents aux écoles d’art mais aussi aux qurestions plus générales du pouvoir du citoyen-étudiant… Rémi Dufay a fait un rapport critique sur ces tentatives que tu dois sans doute connaître, mais que je te te mets en pièce jointe, au cas où.

Sur le retour, Rémi Dufay –Une recherche critique sur le collectif en école d’art

Note : Merci Fabrice , je ne connaissais pas ce rapport (je n’enseigne pas) et comme il fait 123 pages ! je vais prendre le temps de le lire . 

ZAD OCCUPEE ECOLE OCCUPEE

 

4 commentaires

  1. Les explications des enseignant ne me semblent pas tout à fait convaincantes. Tout serait du à l’individualisme des artistes, et au concours d’entrée aux Bx Arts. Ce n’est sans doute pas faux, mais ça n’explique pas tout, après tout les facs aussi jouent la sélection depuis longtemps, à base de carnet scolaire. Ce que dit l’étudiante en première année sonne différemment : les étudiants sont terrorisés… par leur profs, donc, qui jouent à fond (pour la plupart) le jeu de la compétition et de la sélection, sur le thème: il n’y en a que deux parmi vous qui s’en sortiront (entendu à la villa Arson). Ils les poussent à créer du nouveau, encore du nouveau, et leur expliquent que l’art politique, c’est fini ! Il faudrait sans doute ajouter les réflexions de Chiapello et Boltanski sur le fait que l’art est un laboratoire pour la mise en place de nouvelles formes de travail. Ce qui explique que les étudiants en art ne se sentent pas du tout concernés par la défense du travail salarié. En fait, cette enquête est centrale dans notre réflexion, ici, sur ce qu’est l’art, ce qu’il peut être, ce qu’il est d’AUTRE (qu’une industrie du divertissement ou un placement financier), et quels sont ses possibles relations avec la question politique, ou si l’on préfère, la question du vivre ensemble.

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  2. J’ai été étudiant en école d’Art, et je suis maintenant  » Artiste », survivant au RSA la plupart du temps, travaillant sans être payé la plupart du temps, me demandant très souvent si cela vaut le coup et comment lutter contre cette situation structurelle qui nous écrase.

    Je me souviens d’un de nos profs qui nous disait que notre statut était le laboratoire de l’ultra-libéralisme, et qu’il tendrait à devenir le statut de tous parce que c’est là que réside l’intérêt des ultra-libéraux : pas de conventions établies pour garantir une rémunération la plupart du temps ( rien n’oblige à payer un artiste pour une exposition, et le résultat c’est que c’est quasiment jamais payé), un statut fantôme d’indépendant où les plus pauvres cotisent pour les plus riches sans bénéficier des mêmes droits ( CF assujettis, affiliés à la MDA/Agessa ), des gens supposés « passionnés » qui s’investissent gratuitement dans des tas de projets, créént du dynamisme mais pour la très grand majorité sont exclus des retombées économiques de ce qu’ils ont eux même engagé. Bref des travailleurs idéal du capitalisme.

    Cela commence très tôt. Pendant la formation en école d’art, très peu de militantisme politique. Pourtant on s’est battu contre les réformes iniques qu’on nous a imposé au fur et à mesure des années, réformes qui ont rendu les écoles d’art encore plus ultra-libérales et individualistes : l’arrivée de directeurs-managers ( macronistes avant l’heure ), la réforme de leur enseignement, la concurrence des écoles d’art entre elle avec la menace de devoir fermer pour les plus petites, un turn over des profs plus important avec tous les nouveaux profs employés en vacataires, et donc soumis à l’autorité de la direction, sous réserve que leur contrat ne soit pas renouvelé en cas de désaccord…
    Je me souviens que malgré notre mobilisation en tant qu’étudiants, nous avons toujours eu le sentiment que ça ne pesait pas, et c’était le cas : première année, notre école se met en grève et le fait savoir, il y a des articles dans le journal local, un conflit ouvert entre la direction et le corps enseignant soutenu par les étudiants, le ministère de la culture nomme un médiateur chargé d’écouter toutes les parties.
    Nous sommes reçu en délégation d’étudiants par ce fameux médiateur, qui est intéressé par une seule chose : nous faire avouer que nous sommes manipulés par nos professeurs. Évidemment, nous étudiants, ne pouvions pas avoir formulé une pensée critique, et si nous étions d’accord et solidaires de nos professeurs dans cette lutte, nous devions forcément être manipulés.
    Nous n’avions pas cédé à ce piège grossier, mais le résultat fut le même, le médiateur décréta en gros que notre position était manipulée et n’avait pas à être entendue.
    C’était la première d’une série d’expériences militante au sein d’une école d’art ou chaque fois qu’on a cru avoir l’opportunité d’être consultés, c’était une manière hypocrite d’imposer un choix fait bien en amont de la consultation.

    Tout ça pour en arriver à cette constatation, on infantilise le rapport de lutte dans les école d’art : celui ou ceux qui sortent du rang pour exprimer leur désaccord sont nécessairement immatures, manipulés il n’ont pas vraiment bien réfléchi, si ils avaient bien réfléchi, ils ne seraient pas arrivés à cette conclusion bêtement rebelle…
    Il y a bien une contestation en école d’art et chez les artistes, mais elle est invisibilisé, et il faut bien le dire, souvent marginale, parce qu’on serine aux étudiants à longueur de temps que pour s’en sortir il faut adhérer à ce fonctionnement ultra-libéral du marché de l’art, et que si on le remet en cause, on s’auto-exclue, et que là, plus aucune chance de s’en sortir…
    Force est de constater que si on en accepte pas les codes, le parcours est difficile.

    Je vais manifester dès que j’en ai l’occasion, nous nous retrouvons pour essayer de résister au projet de réforme du gouvernement qui actuellement décide sans concertation et dans notre dos d’aller vers une suppression pure et simple de notre statut ( déjà pas mirobolant ) dans des conditions qui pour le moment ne sont pas annoncées ( alors qu’on parle de début 2019 comme échéance ) et de nous fédérer pour enfin peser quelque part en tant que collectif.
    Nous nous retrouvons dans les manifs en soutien au différentes luttes, celle des migrants, de la zad, des étudiants, des cheminots…mais la plupart du temps nous sommes invisibles, parce que le groupe « artistes » n’existe pas/plus.

    Ce qu’il s’est passé chez les artistes, c’est aujourd’hui à l’œuvre à l’échelle de toute notre société : pour des choses qui relèvent d’une responsabilité et d’une action collective on nous renvoie sans cesse à la responsabilité et à l’action individuelle.
    C’est le but ultime du système ultra-libéral : casser toute initiative collective, toute cohésion, faire de chacun le gardien farouche et aveugle de son propre statut individuel, qui sera sa prison tout en pensant que c’est ça la vraie liberté : être indépendant, ne pas avoir de patron.
    Alors qu’en réalité la soumission à l’autorité est plus que jamais présente, mais il n’y a plus besoin de contre-maîtres pour l’exercer, l’individu l’exerce sur lui même.

    Un coup de génie.

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