Fiction présidentielle ! (écrit dans l’urgence)

 

Si Hollande s’était tellement bien adapté qu’il avait disparu dans la fonction (n’étant plus qu’un rouage et, parce que viscéralement cynique, content de l’être) Mxxxxx nous le joue autrement. Il ‘joue’ vraiment son rôle. Mais quel rôle joue-t-il ? La fonction présidentielle c’est l’exacte interface entre la finance, le capital, les marchés, et… les électeurs, travailleurs, retraités, surtout consommateurs. Cette interface est là pour donner l’illusion qu’on est en ‘démocratie’, c’est à dire que les électeurs, travailleurs, retraités, consommateurs peuvent choisir, voire agir sur leur gouvernance. La démocratie ? On en a déjà parlé ici. Notre erreur vient en fait d’une très approximative traduction du grec. (Le problème dans la traduction c’est qu’il faut connaître l’histoire de la langue.)

Revenons-y brièvement. À l’époque de la république Athénienne, la notion de peuple n’avait aucun sens. Il existait un certain nombre de ‘classes’. Selon Aristote, on différenciait quatre statuts, en fonction de leurs revenus, les pentacosiomédimnes : plus de 500 mesures
, les ‘possesseurs de chevaux’ : plus de 300 mesures
, les ‘possesseurs de boeufs’ : plus de 200 mesures, enfin 
les thètes : moins de 200 mesures. Et puis, bien sûr, les esclaves. Seuls ceux relevant des deux premiers statuts avaient accès au pouvoir.

Démo, avant de signifier très tardivement peuple, signifiait pas mal de choses, dont ‘partage’, et, à Athènes, démocratie signifie ‘partage du pouvoir’ entre les deux plus riches ‘classes’. En oubliant les esclaves, bien sûr, et les femmes. Démocratie ? Synonyme d’Oligarchie !

Donc, la fonction présidentielle est, par définition, une fonction théâtrale. Le but de la pièce est de DISTRAIRE. Distraire du fait que le pouvoir se partage entre les plus riches. Que les classes moyennes et pauvres n’ont AUCUN accès à la décision. Mais cela ne doit pas, à aucun prix, se savoir. La fonction présidentielle, ou fiction présidentielle, est donc de ‘faire croire’, de ‘faire comme si’. Idéalement, et contrairement à l’interprétation fonctionaliste de Hollande, le président devrait être une vraie personne, avoir une personnalité, une volonté. L’interprétation macronienne va tout à fait dans ce sens. Avec un peu plus de finesse d’ailleurs qu’un Reagan. Pour notre petit Ubu, il s’agit de faire croire qu’il à une idée, une vision, un projet. Ce projet existe, c’est certain, mais ce n’est pas celui d’une personne, c’est celui d’un système. À un certain niveau ce sont les algorithmes qui commandent.

C’est à dire qu’on en est arrivé à un point ou l’oligarchie, le pouvoir partagé par les plus riches, se fond dans un fonctionnement purement MACHINIQUE de l’économie, et donc du politique. Ce sont les algorithmes qui décident. Exactement comme les algorithmes de google ou de facebook décident de ce que vous verrez ou non sur votre écran. À l’inverse de l’idée Dickienne (dans la vérité avant dernière, par exemple) ou un simulacre joue (pour une élite humaine) la comédie de l’empathie et noie les travailleurs réfugiés sous terre de fausses informations sur les guerres en cours à la surface, la fiction présidentielle telle que nous la concevons, si elle est au service des machines, réclame par contre d’être incarnée. C’est pour cette raison que des gens comme Trump arrivent au pouvoir. Parce qu’ils ont ce don particulier et absolument théâtral d’exemplifier l’humain. Et que la seule vraie preuve, la dernière preuve d’humanité… c’est finalement la connerie !

Notre petit Ubu à nous n’est, à ce niveau là, pas (si je peux dire) à la hauteur. Il a décidé au contraire d’incarner l’intelligence… avec le risque immédiat d’être pris pour un algorithme. Ne nous y trompons pas. La fiction présidentielle est de faire croire que nous discutons, nous bataillons avec une personne et de nous épuiser dans un combat fantôme. En réalité, comme l’illustre très bien la crise de la SNCF (ou de la santé, des universités, etc.), nous n’avons en face de nous QUE des calculs. En ce qui concerne la ZAD, il n’y pas de vraie décision (et les gendarmes commencent à le sentir et à grogner) parce qu’il n’y PLUS D’ENJEU ! L’enjeu ZAD, si il existe est purement spectaculaire. On commence à le comprendre. La seule manière dont la ZAD importe c’est en tant que possibilité d’un SPECTACLE DU POUVOIR.

Il nous faut donc intégrer cette idée que le résultat (en dehors des images, ratées d’ailleurs mais c’est un autre débat) n’a aucune importance pour le pouvoir —et les algorithmes. Algorithmes peut être capables, d’ailleurs, de prendre en compte l’intérêt de l’expérience (de la même manière que Chiapello et Boltanski nous expliquaient il y a quelques années que l’art était un terrain d’expérimentation parfait pour les nouvelles formes du travail). Il faut être MALIN ! Et ne pas se battre avec ce pouvoir fantôme, ce fantôme de pouvoir, sur le terrain des IDÉES. Puisque ce terrain n’ EXISTE PAS ! Tous les ruses sont permises. Ne nous focalisons pas sur l’héroïsme et les principes. On en parlera entre nous des (toujours douteux) principes.

Donc les algorithmes ! Des algorithmes de plus en plus sophistiqués, de plus en plus capables d’intégrer de nouvelles données, de recalculer en permanence les avantages et les inconvénients. Pour ce qui est de Notre Dame des Landes (contrairement à Bure) les calculs sont bouclés (finalement). Le débat (le combat) n’est plus qu’un débat (un combat) de principes et d’images. Ce qu’il ne faut PAS FAIRE, c’est coincer l’adversaire, et l’obliger à pousser jusqu’au bout sa logique. Il a tout à y perdre, et nous aussi. Personne n’a intérêt aujourd’hui à poursuivre l’affrontement violent sur place. Chacun en a retiré tout ce qu’il pouvait en retirer. Nous, une énorme solidarité, une force renouvelée qu’on avait perdue. Eux ? Une démonstration de force (à moitié ratée, mais comment faire le bilan de cette guerre des images ?). Il faut maintenant se déplacer sur un AUTRE terrain. Le terrain juridique, donc. Et trouver des solutions, AMBIGÜES, voire PARADOXALES, comme le juridique sait faire au meilleur de sa forme. PLACE À LA RUSE !

1 commentaire

  1. note: Arnaud me rappelle qu’à Athènes j’ai oublié les métèques, les étrangers. Qui n’avaient droit à rien, même après avoir combattu pour la cité.

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