Deux performances anti(hétéro)sexistes à l’école d’art de Bourges par ACT HOLE

Ces images documentent à la fois la création et les deux actions concommittantes d’un collectif à l’école Nationale supérieure d’art de Bourges, qui s’est constitué entre étudiantEs de différents niveaux et années, sans hiérarchie, pour répondre par des performances au performatif de l’insulte qu’ont si souvent souligné Judith Butler (« Excitable Speech ») comme, par exemple, Didier Eribon. En se révoltant contre d’ n-ièmes réflexions sexistes et homophobes, trop souvent banalisées à force d’être répétées, provenant de la part d’enseignants qui se dotent de ce « pouvoir des mots », ces étudiantEs ont, comme on le verra dans le communiqué ci-dessous, compris à quel point ces paroles cachaient un silence général et honteux sur la sexualité– même là, dans un lieu censé encourager et susciter l’expression et les expériences de soi  et des autres…
Deuxième point qui nous importe ici et que « Act Hole » précise également avec acuité: c’est par un événement artistique, produit en l’occurrence par TransPalettes à Bourges avec Beatriz Preciado, comprenant à la fois exposition, projections, performances et séminaires (appellons cela: exposition, puisque c’en est la forme actuelle) , que ces étudiantEs ont pris conscience du double-bind dans lequel ils se trouvaient, entre parole et silence. D’où leur tentative d’en faire dérailler le sens. Ce qui nous rend légèrement optimiste sur la capacité de l’art — dans sa définition très élargie– à activer notre puissance d’agir.
La deuxième partie de la performance a eu lieu durant la réunion des membres du conseil d’administration de l’ Ecole Nationale Supérieure d’Art de Bourges.

Une lettre justifiant notre action nous a été demandé. Voici la copie de notre lettre envoyée par le biais de notre directeur au C.A.

Le 28 Novembre 2011,

Madame, Monsieur,

Ne sachant pas à qui s’adressera cette lettre, ni la circulation de celle-ci, nous tenterons d’expliquer le plus clairement possible les motivations, la réflexion et l’engagement de nos deux performances mises en place le mercredi 23 novembre 2011.

Suite à une série de propos sexistes d’enseignants dans des établissements à des élèves, il nous a semblé urgent de rendre visible un problème latent au sein de certaines écoles d’arts en France : La normalisation d’attitudes, remarques et propos sexistes et homophobes de la part de personnes auxquelles leur statut d’enseignant confère « le pouvoir de briser ou de promouvoir la carrière de l’autre »1.

Nous avons donc choisi de soulever cette discrimination qui reste tabou et étouffe certains, certaines élèves sans qu’ils puissent s’en défendre.

Nous ne voyons pas pourquoi nous devrions accepter cette forme de discrimination ou ne pas l’évoquer.

« Si cette prémisse était reconnue, ne serait-il pas plus facile de décider de manière responsable, en fonction des conséquences éventuelles plutôt qu’à l’aide d’un jugement moral a priori, de l’opportunité d’entamer une relation ? Hélas, ces questions ne bénéficient pas du discours ouvert qui permettrait un traitement serein. La sexualité, dans le contexte de l’université et des lieux de travail, est abordée de manière furtive, cachée, coupable »2.

Le premier volet de l’événement IM/MUNE, nous a permis de poser des mots, et donc du sens, sur ce qui était alors un malaise informulé, qui pèse sur un grand nombre d’étudiantes et d’étudiants.

Nous avons eu à travers les séminaires, conférences, performances, exposition de travaux d’artistes, la confirmation d’un ressenti que nous ne pouvions exprimer clairement.

Étudiantes et étudiants en art, il nous a semblé évident que la visibilité et la liberté que procure la forme artistique, était la meilleure pour évoquer ce malaise impalpable et d’autant plus violent. Lui donner forme et corps afin de pouvoir le nommer. Créer la possibilité d’un nouvel espace de réflexion et de remise en cause de cet écrasement. Un écrasement généralisé que la performance artistique libère par sa dénonciation devant l’ensemble des étudiants, enseignants et membres du conseil administratif présents ce jour là.

– « Contamination I »

La première performance a eu lieu le mercredi 23 novembre 2011 à 8h30. Elle consistait à disséminer des confettis roses sur lesquels étaient imprimées des remarques et insultes sexistes et homophobes subies au quotidien. Formellement, le choix du confetti nous a semblé le plus approprié. En effet, celui-ci paraît anecdotique lorsqu’il est seul, mais prend toute son ampleur dans sa multiplicité. De la même manière où une insulte seule est parfaitement identifiable, celle-ci, lorsqu’elle se noie dans le vocabulaire usuel courant prend une force d’impunité par sa contamination. Le confetti s’infiltre dans tous les espaces de l’institution, et, par sa volubilité, se propage, jusqu’à d’autres espaces en dehors de cette même institution. L’imprégnation incontrôlable des espaces comme métaphore de la difficulté à saisir cette violence qui forge des systèmes de représentations d’identités dégagée par ces remarques et insultes usuelles au sein des institutions en général.

– « Contamination II »

Nous voulions rendre visible et imposer l’existence d’un non-dit contaminant notre institution.

Contamination comme l’introduction d’organismes indésirables dans un espace et leur évolution à l’intérieur de celui-ci. Nous avons déclenché à 16h45, ce même mercredi, l’alarme incendie dans le but de réunir l’ensemble des individus/étudiants et personnel de l’école dans la cour d’honneur. L’alarme incendie comme signal d’urgence face à un danger imminent. Par le biais d’un micro, d’un vocodeur et d’enceintes, une voix ni féminine, ni masculine (non classification d’un genre particulier) assène les remarques et insultes jusqu’ici présentes sur les confettis.

 

Utilisation de la voix comme vecteur d’agressions verbales. Forme immatérielle et insidieuse par sa non solvabilité à se constituer comme preuve.

Cordialement,

ACT HOLE

1 : Judith Butler, une éthique de la sexualité. Entretien avec Judith Butler,

réalisé par Eric Fassin et Michel Feher, publié dans Vacarme, hiver 2003, n°22.

http://www.vacarme.org/article392.html

2 : idem

 

DU HARCÈLEMENT DANS LES ÉCOLES D’ART :

https://www.change.org/p/harcèlement-les-beaux-arts-doivent-agir?recruiter=3451577&utm_source=share_petition&utm_medium=twitter&utm_campaign=share_petition&utm_term=share_page&sharerUserId=3451577

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