GÉOMÉTRIE OPPOSITIONNELLE POUR MILITANT(E)S (3) —par Alessio Moretti

Dans les épisodes précédents de notre décoiffant voyage au pays de la géométrie oppositionnelle (cf. les GarRi291 et 298) nous avons évoqué la grande force du « carré des oppositions » (ou « carré logique ») : d’une part il exprime très clairement l’articulation qui relie deux espèces d’opposition (la « contrariété » et la « contradiction ») ; d’autre part il jouit d’une impressionnante généralité : grosso modo il s’applique à tout ! Probablement pour cette raison (mais aussi pour s’émanciper de la « dialectique » de Hegel-Marx, qui – soi-disant basée sur le concept de contradiction – se veut une autre théorie de l’opposition), le carré logique a été pour ainsi dire adoré par les penseurs dits « structuralistes » (Lévi-Strauss, Piaget, Lacan, Greimas, Descola…), qui y ont vu un puissant instrument combinatoire et en ont proposé des variantes (plus ou moins rigoureuses) dans pratiquement toutes les disciplines des sciences humaines (anthropologie, psychologie, psychanalyse, linguistique…).

CarresStructuralistes

Dans chacune de ces disciplines le carré permet de distinguer utilement les deux formes d’opposition à l’œuvre. Remarquons que des 4 auteurs que je suggère  de prendre comme socle de départ utile pour fortifier ND (cf. ce GarRi n°305, p.20-23) trois (Badiou, Jorion, Lordon) se disent structuralistes. En particulier, Lordon (l’intellectuel de référence de ND !) martèle qu’il faut, pour déjouer les ruses et la domination de l’ultralibéralisme régnant et penser enfin l’émancipation radicale (la vraie révolution), articuler les « structures » (pensées par Marx) et les « affects » (pensés par Spinoza). Badiou qui, quant à lui, renouvèle le « communisme » (par les mathématiques), lorgne explicitement en direction d’au moins trois carrés oppositionnels.

CarresBadiou

Le carré logique reste néanmoins mystérieux, car on ne voit pas encore comment il se rattache à la science : c’est une structure isolée, dont on ignore les liens, s’ils existent, avec le reste de la logique et des mathématiques. D’autre part ce carré comporte à vrai dire des problèmes (des « paradoxes »). Du fait de ces paradoxes, l’école philosophique anglo-américaine dominante au niveau mondial depuis 100 ans (la « philosophie analytique », ennemi juré du structuralisme et support éhonté du libéralisme économique !) a jeté ce carré logique à la poubelle et a confié la notion d’opposition à la seule « logique mathématique », son idée étant qu’il n’y a pas d’« émergence » (de structures) et que tout est calculable de manière « récursive ». À suivre…

Post-Scriptum: ce court billet est d’abord paru dans le n°305 du GarRi la nuit, l’hebdo papier de Nuit Debout Nice 305

 

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